12.15.25 - 5:00 PM12.15.2025 - 5:00 PM·10m10 minute(s) read·
By Dymey
LoL : LFL, lâinfluence tous risques
DĂ©but 2026, deux Ă©quipes dâinfluenceurs vont participer au LFL Invitational avec lâopportunitĂ© de gagner leur place dans la ligue pour le reste de la saison. Mais ces Ă©quipes jouent avec des rĂšgles diffĂ©rentes, ce qui crispe les clubs du championnat.
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âCertaines Ă©quipes de LFL peuvent impacter nĂ©gativement mon imageâ
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Depuis plusieurs saisons, la prolifĂ©ration dâĂ©quipes estampillĂ©es du sceau de lâinfluence a clairement donnĂ© le la sur la direction que souhaite prendre le League of Legends europĂ©en. Sur la scĂšne française, dans le sillage de Solary puis de la Karmine Corp ont germĂ© diffĂ©rentes initiatives, en LFL ou en Division 2, autour dâune pluralitĂ© de personnalitĂ©s de lâinternet tricolore. Certaines ont fleuri pour se faire une place dans lâĂ©lite nationale â Ici Japon Corp, Joblife ou Esprit ShĂŽnen par exemple. Beaucoup ont fanĂ© et se sont retirĂ©es, Ă lâimage dâAEGIS, Team du Sud ou Gentle Mates. Le phĂ©nomĂšne est tel que sur les huit Ă©quipes qualifiĂ©es pour la LFL 2026 Ă lâissue du prĂ©cĂ©dent exercice, six sont portĂ©es par des streamers ou des YouTubers.
Jusquâici Webedia, lâorganisateur de la ligue, avait Ă©tĂ© un acteur de lâombre de cette dynamique, en validant les dossiers successifs arrivĂ©s sur la table de ses dĂ©cideurs lorsque des slots se libĂ©raient en LFL ou dans son antichambre. Mais dĂ©but dĂ©cembre, ce âvirageâ de lâinfluence tous risques a Ă©tĂ© formellement actĂ© et assumĂ© par la rĂ©gie publicitaire. Pour lancer 2026, Webedia a souhaitĂ© innover avec un format qui ressuscite lâesprit de la Coupe de France : le premier split de lâannĂ©e sera ainsi un Invitational, qui dĂ©butera le 21 janvier prochain et opposera sept Ă©quipes LFL, les huit Ă©quipes de Division 2 et des Ă©quipes Game Changers.
Deux slots Ă pourvoir
Sept Ă©quipes LFL seulement, cela constitue une vĂ©ritable rupture avec lâhistoire de la ligue, disputĂ©e Ă dix depuis 2021. Trois structures manquent en fait Ă lâappel : GameWard, Gentle Mates et Karmine Corp Blue. Si lâabsence de KCB est temporaire puisque lâĂ©quipe sâest qualifiĂ©e pour le LEC Versus grĂące Ă sa victoire aux derniers EMEA Masters, les deux autres organisations ont quittĂ© le navire fin 2025. Cette fois, Webedia a toutefois choisi de ne pas dĂ©signer de remplaçants pour ces deux Ă©quipes.
Ă la place et pour complĂ©ter le tableau de son nouveau produit, la sociĂ©tĂ© a dĂ©cidĂ© dâallouer les deux derniĂšres places du LFL Invitational Ă des Ă©quipes âdâinfluenceursâ, sans club cette fois. Les slots vacants en LFL seront ainsi mis en jeu et pourvus pour le reste de la saison par les deux meilleures Ă©quipes hors LFL Ă lâissue de cette compĂ©tition. Selon nos informations, Webedia a fait ce choix pour deux raisons : tenter de juguler la baisse des audiences et faute dâĂ©quipes satisfaisantes pour le tournoi dâhiver. âNous avions comme projet dâavoir un winter split qui cĂ©lĂšbre lâĂ©cosystĂšme esport français, il nous paraissait impossible dâimposer pour ce segment dâhiver les contraintes de la LFL aux Ă©quipes de divisions infĂ©rieuresâ, commente la ligue.
Un électron un peu trop libre
Comme lâavait rĂ©vĂ©lĂ© Sheep Esports avant que Webedia ne le confirme, les deux Ă©quipes dâinfluenceurs seront incarnĂ©es par Jean âTraYtonâ Medzadourian et lâancien joueur LEC Yasin âNisqyâ Dinçer â selon nos sources, les OGâs de Pierre-Alexis âDomingoâ Bizot auraient Ă©galement Ă©tĂ© envisagĂ©s. La dĂ©cision nâa par ailleurs pas Ă©tĂ© imposĂ©e aux Ă©quipes, explique un reprĂ©sentant de l'Union française des clubs d'esport professionnels (UFCEP). âDeux membres de lâunion ont Ă©tĂ© pleinement intĂ©grĂ©s dans les rĂ©flexions autour du formatâ, salue-t-il. âNotre objectif est de soutenir la LFL et cela passe par notre intĂ©gration aux rĂ©flexions sur lâavenir de la ligue.â
ProblĂšme toutefois, ces deux Ă©quipes arrivent en Ă©lectrons libres dans un Ă©cosystĂšme structurĂ© de longue date. Exemptes de certaines obligations, la nature de ces Ă©quipes comme leur futur possible dans le championnat interroge. âLâUFCEP, les clubs et Webedia Ă©taient alignĂ©s sur la thĂšse du format Winter, dĂ©taille lâUnion. Dans lâexĂ©cution, nous reconnaissons deux problĂ©matiques qui se posent : lâĂ©quitĂ© sportive et lâapplication dâun rĂšglement commun Ă toutes et tous les participants de la ligue."
Et pour cause, contrairement aux autres structures, les Ă©quipes de TraYton, French Flair, et de Nisqy, ZYB, ne sont pas tenues de contractualiser leurs joueurs, sâaffranchissant des contraintes administratives et juridiques associĂ©es. Une singularitĂ© admise pour le winter qui ne pourrait dâailleurs pas perdurer en cas de qualification pour le Spring et le Summer. En effet, selon le rĂšglement de la LFL, dont lâapplication au LFL Invitational reste floue, âles membres de lâĂ©quipe sont tenus dâavoir un contrat de serviceâ. Cette rĂšgle obligerait FF et ZYB Ă contractualiser leurs joueurs et donc Ă engager des dĂ©marches administratives considĂ©rables. Selon lâorganisateur, âdes discussions auront lieu avec les Ă©quipes qualifiĂ©es pour les inscrire dans les mĂȘmes rĂšgles que les Ă©quipes ayant un droit de participation.â
âLa construction administrative du summer et du spring 2026 est encore en coursâ
Une qualification impliquerait aussi une autre contrainte Ă laquelle les deux Ă©quipes se soustraient cet hiver : le versement dâune rĂ©munĂ©ration ou dâune contrepartie contractuelle. Pour la premiĂšre fois de lâhistoire de la ligue, et mĂȘme si la LFL nâimpose pas de salaire minimum, des rosters joueront en effet gratuitement cet hiver, ce qui contrevient aux rĂšgles actuelles. Le rulebook de LFL indique en effet que âpour tout accord contractuel [âŠ], le contrat doit respecter et ĂȘtre rĂ©gi par les lois locales applicables."
Or, selon lâarticle L1221-1 du Code du travail français, âle contrat de travail est une convention par laquelle une personne sâengage Ă travailler, moyennant rĂ©munĂ©ration, pour le compte et sous la direction dâune autre personne.â Webedia a pris en compte ces Ă©lĂ©ments, affirmant quâil âsâagit bien de points Ă Ă©claircir et que la construction administrative du summer et du spring 2026 est encore en cours.â
Point faible, trop fort
Ce sont prĂ©cisĂ©ment ces particularitĂ©s qui font craindre pour lâĂ©quitĂ© de la compĂ©tition. Car si le projet sportif de Nisqy sâinscrit dans une dĂ©marche clairement orientĂ©e divertissement â particuliĂšrement au poste de support⊠â, TraYton a pour sa part rĂ©uni des profils taillĂ©s pour le Tier 1, laissĂ©s Ă lâĂ©cart durant cette offseason. Avec une ambition : permettre Ă ses joueurs de prouver quâils ont bien leur place au plus haut niveau. LâĂ©quipe fera ainsi figure dâĂ©pouvantail et comptera parmi les favoris pour se qualifier en LFL.
Un statut radicalement diffĂ©rent de ce qui avait Ă©tĂ© vendu aux autres organisations, qui ont validĂ© ce changement sans que la possibilitĂ© dâune telle compĂ©titivitĂ© soit Ă©voquĂ©e. Pour rappel, le LFL Invitational sâouvrira par une phase de groupes comptant cinq groupes de quatre Ă©quipes, avec deux places pour le tour suivant. Les Ă©quipes redoutent ainsi de se retrouver dans une poule avec deux structures LFL et French Flair. En cas de contre-performance, sans filet de sĂ©curitĂ©, la compĂ©tition pourrait se finir dĂšs janvier et ne pas reprendre avant avril pour une organisation LFL, ce qui laisse entrevoir un potentiel danger vis-Ă -vis des engagements marketing, notamment les sponsors, trĂšs souvent premiĂšre source de revenus des clubs.
Alors, comment cette situation est-elle devenue possible ? Dans les faits, le coĂ»t rĂ©el du roster constituĂ© par TraYton aurait Ă©tĂ© hors cadre pour nâimporte quelle Ă©quipe ERL. Mais, fait rare dans lâesport, les joueurs qui ont rejoint FF ont surtout souscrit Ă un projet dans lequel leur intĂ©rĂȘt nâest pas pĂ©cuniaire. Si les autres Ă©quipes de la ligue peuvent proposer des avantages tels que de lâencadrement technique ou des locaux, lâargent reste en effet le nerf de la guerre pour lâensemble des structures. Mais pas cette fois, donc. âSi jâai pu rĂ©unir ces joueurs, câest quâils voulaient jouer ensemble et que des Ă©quipes de LEC nâont pas pris des joueurs qui devraient y ĂȘtreâ, estime dâailleurs TraYton.
Teton al-Gaib
Mais une question se pose : une autre Ă©quipe aurait-elle pu tenter de rĂ©unir sous sa banniĂšre les Avengers sans le moindre coĂ»t ? âDans mon cas jâai un branding LEC, une image de joueur LEC Ă tenir et certaines Ă©quipes de LFL peuvent impacter nĂ©gativement mon imageâ, balaye un joueur de French Flair. âJe prĂ©fĂšre stream pour compenser la perte de salaire et garder ma rĂ©putation intacte plutĂŽt quâon dise de moi que je ne suis quâun joueur dâERL.â
Autrement dit, French Flair est une anomalie orbitant autour de la figure fĂ©dĂ©ratrice du streamer. Ce pari ne tient probablement quâĂ la volontĂ© de ses acteurs de jouer Ă la fois ensemble et pour un projet atypique, hors des sentiers battus. âLâopportunitĂ© est aussi et surtout intĂ©ressante de par son timingâ, souligne l'UFCEP, qui rappelle lâexemple de Los Ratones, mais aussi que ce roster a Ă©tĂ© construit tardivement, avec des âindĂ©sirablesâ que personne nâattendait sur la touche.
Ă cet Ă©gard, difficile pour les autres clubs ancrĂ©s de longue date dans la ligue de rivaliser. Les structures sondĂ©es sont certes conscientes de la situation critique du viewership, en baisse de plus dâun tiers en 2025, sâinscrivant dans une tendance globale de lâesport et de Twitch (-25% en 2025) et admettent lâapport potentiel des Ă©quipes dâinfluenceurs pour la monĂ©tisation de la ligue. Mais cette situation fait tout de mĂȘme grincer des dents : âNous investissons des centaines de milliers dâeuros par an depuis des annĂ©es, nous jouons avec les rĂšgles imposĂ©es, mais ça change la donne si ce nâest pas le cas pour toutes les Ă©quipesâ, confie le reprĂ©sentant dâune Ă©quipe. âRevoir notre prĂ©sence dans la ligue nâest pas excluâ, avance un autre.
Quel partage des revenus ?
Ă ce stade, les clubs estiment avoir Ă©tĂ© partiellement Ă©coutĂ©s : âLâUFCEP reconnaĂźt avoir Ă©tĂ© entendue et considĂ©rĂ©e par lâorganisateur sur les rĂ©flexions liĂ©es Ă lâĂ©quivalence du traitement sur le plan rĂ©glementaire, mais pas sur les potentielles sorties prĂ©coces du tournoi pour des Ă©quipes LFL.â Et les tensions risquent encore de se cristalliser sur la suite des Ă©vĂšnements, en cas de qualification de FF pour le reste de la saison. Selon nos informations, TraYton se dit prĂȘt Ă poursuivre lâaventure pour le Spring et le Summer en cas de victoire, dans la mesure oĂč son Ă©quipe souhaite poursuivre et que la ligue lâintĂšgre pleinement⊠y compris au revenu sharing : un montant de quelques dizaines de milliers dâeuros par Ă©quipe, versĂ© proportionnellement Ă leur apport dans la ligue (viewers, engagement).
Un sujet qui pourrait sâavĂ©rer litigieux puisque les Ă©quipes pourraient thĂ©oriquement se retrouver sevrĂ©es dâune partie de leurs revenus, alors mĂȘme quâelles assument des coĂ»ts que nâassume pas, pour lâinstant, lâĂ©quipe du streamer. Selon nos sources, Webedia a toutefois dĂ©jĂ pris les devants. Lâorganisateur prĂ©voit bien dâintĂ©grer potentiellement deux nouvelles Ă©quipes au revenu sharing en cas de qualification en LFL et donc de rĂ©pondre Ă la demande de TraYton, mais a dans le mĂȘme temps assurĂ© aux clubs le 3 dĂ©cembre dernier lors de la âConfĂ©rence Ownerâ que ceux-ci conserveraient leur part historique. Webedia compte donc faire gonfler le montant du revenu sharing pour satisfaire toutes les parties.
âJe ne pense pas que toutes les Ă©quipes soient satisfaites du rĂ©sultat mais la possibilitĂ© dâĂȘtre impliquĂ©es dans la construction du format dâune ligue qui ne nous appartient pas, câest dĂ©jĂ bien au regard de ce qui se fait dans lâesport avec dâautres Ă©diteurs ou organisateurs,â rĂ©sume lâUFCEP. Si les interrogations sur cette premiĂšre annĂ©e sont dĂ©jĂ multiples, les questions fusent aussi pour savoir Ă quoi ressemblera lâavenir Ă moyen terme avec la potentielle instauration de rĂšgles dĂ©diĂ©es Ă la prĂ©sence de ces Ă©quipes, un salaire plancher ou des obligations contractuelles appliquĂ©es Ă tous. Le tout dans un contexte de grande incertitude et de rumeurs insistantes sur de potentiels grands chamboulements pour les ERL en 2027. Ă cet Ă©gard, la ligue se veut rassurante : âNous nâallons pas casser lâĂ©cosystĂšme LFL ni changer les rĂšgles du jeu, nous essayons de nous adapter Ă une nouvelle rĂ©alitĂ© Ă©conomique en y intĂ©grant de nouveaux acteurs.â
En apprentissage
Encore balbutiant, ce systĂšme doit en tout cas ĂȘtre apprivoisĂ©. Par les fans, les joueurs, les structures, mais aussi par Webedia eux-mĂȘmes. En plus des questions contractuelles en suspens auxquelles les clubs sont dans lâattente de rĂ©ponse, un petit couac a fait lâactualitĂ© dĂ©but dĂ©cembre. Lâorganisateur de la ligue a en effet validĂ© le roster de TraYton alors que celui-ci contrevenait Ă une rĂšgle du rulebook des ERL. Lâeffectif comprenait plus de deux âvĂ©tĂ©ransâ (un joueur ayant jouĂ© plus de 50â% des matchs lors de trois des cinq derniers splits dans le Tier 1) dans son Ă©quipe, ce qui nâest pas autorisĂ© dans le rĂšglement.
LâincohĂ©rence exposĂ©e sur la place publique et remontĂ©e auprĂšs de Webedia par les Ă©quipes, lâorganisation a, selon nos sources, dâabord affirmĂ© que la rĂšgle en question ne concernait que les EMEA Masters et donc pas la LFL. Finalement, TraYton a rĂ©vĂ©lĂ© quâil allait bel et bien ĂȘtre contraint dâajuster son roster et que Bwipo ferait les frais de ce changement principalement dĂ» Ă lâapplication des rĂšgles de la rĂ©gion EMEA Ă la ligue française. Lâinclusion de ces Ă©quipes se fait donc encore Ă tĂątons, et ce nouveau paradigme semble susciter autant dâenthousiasme chez certains que dâinquiĂ©tude chez dâautres.
Crédit Photo de Une : Riot Games
