Animée par de grandes ambitions, la
Team BDS a lancé son Summer Split du
League of Legends EMEA Championship (LEC) par une victoire 2-0 face à SK Gaming — un résultat important, mais attendu pour l’organisation suisse. Forte d’un
effectif renouvelé et prometteur, l’équipe affiche un objectif clair : se qualifier pour les Worlds 2025 et s’imposer comme un sérieux prétendant sur la scène européenne. Dans une interview exclusive, le nouveau jungler
Mehdi “Boukada” Lahlou s’est confié à Sheep Esports sur cette victoire face à son ancienne équipe, les ambitions de BDS, et le nouveau format du LEC Summer.
Qu’est-ce que ça fait de battre ton ancienne équipe, SK Gaming ?
Mehdi « Boukada » Lahlou : "Évidemment, ça fait super plaisir. C’est toujours un peu étrange de perdre contre son ancienne équipe quand on en rejoint une nouvelle, donc forcément, je suis content de cette victoire. Sur le plan individuel en revanche, je ne suis pas très satisfait de ma performance. J’ai fait des erreurs, certains moves étaient un peu bizarres, notamment parce que j’ai mal dormi cette nuit et je n’étais pas vraiment en forme aujourd’hui. Mais malgré ça, je suis heureux qu’on ait pu assurer la victoire. Mes coéquipiers ont vraiment bien joué, donc c’était un plaisir.
Credit: Alexandre Weber/Riot Games
Boukada : Oui, d’une certaine manière. Quand un club est prêt à investir autant, tu te dis qu’ils te voulaient vraiment, que tu étais leur priorité et qu’ils ne voyaient personne d’autre pour ce rôle. Forcément, ça fait plaisir, tu te sens valorisé. Mais en même temps, ça ajoute une forme de pression, parce que l’objectif est clair : ce n’est pas juste d’atteindre les playoffs, on veut gagner, on veut aller aux Worlds. Pour l’instant, je ne ressens pas cette pression comme quelque chose de négatif, donc ça va.
Striker a récemment déclaré que s’il ne parvenait pas à qualifier BDS aux Worlds, il proposerait sa démission. On sent que la pression est là. Quelle est l’ambiance en coulisses chez vous ?
Boukada : Ah ouais, il a vraiment dit ça ? Je ne savais même pas. Mais oui, clairement, passer de SK à BDS, c’est le jour et la nuit. Que ce soit au niveau des attentes ou de la pression, c’est très différent. Chez SK, même si l’objectif restait d’aller aux Worlds, on se disait surtout : « Si on fait les playoffs, c’est déjà bien. » Ici, c’est clair pour tout le monde : on veut gagner, et se qualifier aux Worlds, c’est le minimum. Ça se ressent aussi dans le rythme de travail. Chez SK, on faisait cinq games par jour, parfois six quand l’ambiance s’y prêtait. Ici, on a régulièrement des blocs le matin, le soir et une vraie charge de travail constante. Ce n’est pas du tout la même intensité. Personnellement, ça me va. J’aime bien ce genre de rythme.
Au-delà du rythme d'entraînement et des ambitions, quelles sont les autres grandes différences que tu as remarquées entre ton split chez SK et celui que tu vis actuellement chez BDS ?
Boukada : Déjà, le staff. Chez SK, on avait un seul coach, qui devait tout gérer tout seul : drafts, scouting, préparation… Il faisait de son mieux, mais c’était clairement difficile pour lui. Chez BDS, on a cinq. C’est super utile, parce qu’à la fin de chaque game, chacun apporte son point de vue : « Là, tu aurais pu faire ça », « Là, fais attention à ça »… Ça aide énormément à progresser. Au niveau de l’infrastructure, tu sens qu’ils mettent les moyens. Ils sont très à l’écoute des joueurs. Si jamais je ne me sens pas bien, peu importe la raison, ils vont venir me voir tout de suite, essayer de comprendre et de trouver une solution. Je me sens vraiment bien entouré. En contrepartie, il faut aussi beaucoup plus travailler. L’exigence est plus haute, forcément, parce que les ambitions sont bien plus élevées.
Tu as affronté BDS au Spring, et aujourd’hui, tu fais partie de l’équipe. Qu’est-ce que toi et Rooster apportez à cette équipe ? Qu’est-ce qui change par rapport à la line-up précédente ?
Boukada : Quand je regardais BDS au Spring, j’avais l’impression qu’ils n’étaient pas dans de mauvaises positions en game, mais qu’ils finissaient souvent par throw. Même au Winter, je me souviens du BO contre Fnatic où ils avaient une avance énorme, mais n’ont pas su conclure. Pareil au Spring, une game contre Heretics où ils avaient la Soul et environ 6-7k gold d’avance, et pourtant ils perdent. Donc pour moi, c’était une équipe avec de très bons joueurs individuellement, mais qui manquait de stabilité dans la gestion des leads.
Je pense que c’est quelque chose que j’apporte : un jeu plus structuré, centré sur les objectifs, où on prend moins de risques inutiles. Bon, ça ne s’est pas trop vu aujourd’hui vu que je n’étais pas en grande forme, mais en général, c’est mon style. Et Rooster, c’est un monstre en lane. Vraiment un très gros laner, avec une large pool de champions. Il met énormément de pression et je pense qu’il va vraiment le montrer tout au long du split. Là où avant BDS avait Nuc et Ice, et au top, c'était plutôt limité à deux-trois picks, avec Rooster, c’est une menace en plus. Il apporte plus d’agressivité, plus de flexibilité, et je pense que son potentiel est bien plus élevé.
Je pense que 113 est un très bon joueur, mais aussi très instable. Il y a eu plusieurs games un peu étranges de sa part, où il flash-in 1v5 et finit par perdre une game qui semblait impossible à perdre. De mon côté, je me considère plus constant, et je pense que c’est ce dont l’équipe avait besoin. Pas forcément un joueur explosif ou imprévisible, mais quelqu’un de plus stable. Même si, encore une fois, 113 peut être très fort à son meilleur niveau.
Beaucoup de gens placent BDS dans le top 5 cette saison, mais il y a eu des rumeurs comme quoi les premiers scrims ne se seraient pas très bien passés. Qu’est-ce que tu peux nous dire là-dessus ?
Boukada : Pour être honnête, les toutes premières semaines — disons la première et un peu la deuxième — se sont plutôt bien passées. Pas dans le sens où on gagnait tous nos scrims, mais l’ambiance était bonne, le travail avançait bien, et on sentait qu’on progressait rapidement. Ensuite, on a eu une période un peu plus compliquée, il y a environ une semaine. On avait du mal à se trouver en tant qu’équipe, on commettait pas mal de throws… le classique BDS, finalement.
Mais depuis quelques jours, ça va mieux. Les résultats ne sont pas parfaits—on n’a pas 90 % de winrate — mais ce sont des scrims utiles, qui nous font progresser. Je pense que ça va nous permettre de vraiment monter en puissance et de bien performer sur scène. En soi, les choses avancent comme elles devraient.
Vous avez choisi d’aller dans le groupe de G2 et Fnatic plutôt que celui de KC et MKOI. Est-ce que tu peux m’expliquer ce choix ? Vous pensiez que ce groupe était plus favorable ?
Boukada : Pour le coup, ce n’est pas une décision dans laquelle les joueurs ont vraiment eu leur mot à dire. C’est quelque chose qui s’est décidé entre les coachs, donc je ne connais pas exactement les raisons derrière ce choix. Mais de mon côté, ça ne change pas grand-chose. Mon objectif, c’est de gagner le split, peu importe le groupe dans lequel on tombe. Et honnêtement, je pense que les équipes de notre groupe sont largement prenables. Si on continue à bien travailler, on a clairement les moyens de finir premiers. Donc non, je ne suis pas mécontent du tout.
Striker a tweeté tout à l’heure qu’il visait un top 2 dans le groupe pour ensuite aller chercher les Worlds. Tu partages cet objectif ? Tu penses que toutes les équipes sont battables pour vous, notamment Fnatic que vous affrontez bientôt ?
Boukada : Oui, clairement. Je trouve que beaucoup d’équipes sont un peu instables en ce moment. Fnatic, par exemple, contre Heretics hier, c’était assez shaky. Et en général, j’ai vraiment l’impression que quasiment tout le monde peut battre tout le monde. Bon, malheureusement, même si j’adore SK, je pense que c’est l’équipe la plus faible aujourd’hui. Mais pour le reste, le niveau est assez homogène. G2 et MKOI restent les meilleures équipes du split précédent, mais ils reviennent d’une compétition internationale et d’un petit break, donc je pense qu’ils ne seront pas forcément à 100 % dès le début. Je m’attends à ce que le niveau global de la ligue soit un peu brouillon au début.
Après, évidemment, tout va se jouer sur la progression. Nous, on a une nouvelle équipe avec deux nouveaux joueurs, et dans un format aussi court, on n’a pas beaucoup de temps pour construire nos automatismes. Si on scale bien, je pense qu’on peut vraiment être très forts, au-dessus de beaucoup d’équipes. Mais dans tous les cas, je ne vois aucune équipe aujourd’hui contre laquelle je me dis : « On n’a aucune chance. » Mes coéquipiers sont vraiment très solides individuellement. Pour moi, ce sont parmi les meilleurs joueurs de la ligue, et ils peuvent rivaliser avec n’importe qui.
Avec un format aussi court et des matchs rapprochés, vous n’avez pas beaucoup de temps pour vous ajuster. Est-ce que ça change votre façon de vous entraîner ?
Boukada : La première semaine, comme toutes les équipes, on jouait un peu de tout, chacun son champion, on testait. Mais petit à petit, on commence à réduire les pools de champions. Aujourd’hui, on a quelques drafts dans lesquelles on est vraiment à l’aise et sur lesquelles on travaille particulièrement. On ne peut pas se permettre de s’éparpiller. Et je pense que c’est aussi pour ça qu’on joue un gros volume de games. Comparé aux autres équipes, on a moins de temps pour se préparer, donc on doit compenser par la quantité de jeu. On essaie donc de jouer un maximum.
Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose pour conclure ?
Boukada : Oui, un grand merci aux supporters de BDS. On les a bien entendus au studio aujourd’hui, et j’ai aussi reçu de nombreux messages sympas sur les réseaux. Merci beaucoup pour leur soutien. On travaille dur, et même si on a gagné 2-0 contre SK, on sait qu’il y a encore beaucoup de choses à améliorer en équipe. On va se concentrer là-dessus pour préparer la semaine prochaine, battre Fnatic, et sortir du groupe en top 2, avec l’objectif d’aller aux Worlds."
Crédit Photo d'En-Tête: Alexandre Weber/Riot Games