31.08.26 - 13:0031.08.2026 - 13:00·9m9 minutos de lectura·
Por Sheep Esports
TLNP Djoko: "Mon objectif, c'est de changer la manière de coacher et de révolutionner le League of Legends moderne"
Dans un entretien accordé à Sheep Esports, Djoko revient en détail sur sa transition en tant que coach et sur la première année de TLN Pirates dans l’écosystème League of Legends.
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"Je travaille plus comme un coach sportif que comme un coach esport. J'ai des principes qui sont basés sur le foot, la boxe, les échecs et le poker"
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C’est l’un des noms les plus connus de la scène française de League of Legends. Après dix années de carrière, dont un passage en LCS EU et une année 2019 exceptionnelle en LFL avec LDLC OL, Charly "Djoko" Guillard a troqué le maillot de joueur pour le costume de coach. Pour ses débuts dans ses nouvelles fonctions, l’ancien jungler a pris les rênes de l’un des nouveaux arrivants du circuit tricolore, TLN Pirates.
Si le projet avait été construit pour évoluer en Nexus League, la deuxième division française, TLN a profité des aléas de la saison pour rester en LFL toute l’année. Mieux encore, après deux top 4 au LFL Invitational puis au Spring, l’équipe toulonnaise s’est assurée une place sur le podium du Summer Split, se qualifiant par la même occasion pour ses premiers EMEA Masters. Dans un entretien accordé à Sheep Esports, Djoko revient en détail sur sa transition et sur la première année de TLN Pirates dans l’écosystème League of Legends.
Comment vous sentez-vous dans vos nouvelles fonctions ?
Charly "Djoko" Guillard : "Je me sens super bien. C’était un nouveau challenge dans lequel j'avais besoin de me lancer. Je sentais qu'en tant que joueur, je n'arrivais plus à avoir les équipes qui me correspondaient. Je me sentais aussi enfin capable d'assumer cette responsabilité à 100 %. Mon but, c'est de transmettre mon savoir à la nouvelle génération, ce que j'ai toujours fait dans ma carrière, avec Eika (Jérémy Valdenaire), Comp (Markos Stamkopoulos), Hans Stama (Steven Liv), Targamas (Raphaël Crabbé)… Il y a beaucoup de gens qui sont passés par cette école. Maintenant, je peux le faire correctement. Pour l'instant, à chaque split, je cherche à m'améliorer le plus possible, à ajouter des cordes à mon arc.
Quelle est votre vision de ce que doit être un coach ?
Djoko : Sur LoL, on n'a pas encore vraiment vu de coachs incroyables. Je pense que les coachs, de manière générale, font le minimum et pourraient faire beaucoup mieux en s'inspirant du sport traditionnel. Pour ma part, la partie gameplay est déjà là. Tout ce qui concerne l'écosystème de League of Legends, je le connais. Maintenant, c'est bien beau de savoir tout ça ; il faut savoir transmettre. C'est là-dessus que je bosse le plus actuellement.
Je fais le parallèle avec le sport traditionnel : je mets en place des développements personnels qui sont un peu plus poussés, avec des exercices un peu plus précis. Je veux faire en sorte que la partie développement humain, gestion de groupe, soit au centre. Je travaille plus comme un coach sportif que comme un coach esport. J'ai des principes qui sont basés sur le foot, la boxe, les échecs et le poker. Mon objectif, c'est de changer la manière de coacher et de révolutionner le League of Legends moderne.
Je tire beaucoup d'inspiration des livres et des films sur le sport. Par exemple, Moneyball, le film avec Brad Pitt basé sur le baseball. Des animés aussi, comme Blue Lock ou Ippo, ou encore des interviews de sport. Ma force, c'est que j'arrive à comprendre les points forts et les patterns dans la vie et à les retranscrire de manière très simple et efficace à mes joueurs. C'est ma vision de faire les choses. C'est personnel, je ne suis pas comme les autres.
Concrètement, qu’est-ce que vous tirez des œuvres que vous citez ?
Djoko : Ippo, c'est un animé sur la boxe. La chose que j'ai pu en tirer, c'est la façon dont il motive. C'est un shonen : ils vont développer un mec de A à Z, le challenger pour faire en sorte que ça vienne de lui. Ils vont trouver le bon challenge à chaque situation pour qu'il y ait une récompense à chaque étape de son processus. Un animé comme Blue Lock va être beaucoup plus basé sur l'ego, le développement personnel, l'ambition, le fait d’être égoïste et d’être le meilleur à son poste. L’idée, c’est de comprendre que c’est un sport d'équipe, mais qu’il y a aussi la partie individuelle et de savoir dissocier les deux.
Après, il y a d'autres éléments dans le sport comme la manière dont tu communiques avec les joueurs pour que l'idée soit retranscrite le plus rapidement possible en disant le moins de mots possible. Je reprends l'exemple de la boxe, mais un BO5, pour moi, c'est comme si c'était de la boxe. Entre les games, mes joueurs vont être stun, ils vont se rappeler des coups de poing qu'ils vont avoir pris et donnés, ils ne vont pas m'écouter à 100 % comme si on était dans un scrim. Du coup, c'est à moi de savoir trouver les bons mots, comme si j'étais dans le coin du ring, pour savoir dire ce qu'il faut faire pour le prochain round.
Après, tu as les échecs, parce que les échecs, ce sont différentes façons de jouer, comme dans League of Legends, avec les drafts et la façon de jouer. Il y a aussi le poker, où il faut bluffer, mentir, prendre des paris. Des fois, ça ne marche pas, mais ce n'est pas grave, tu essaies quand même la prochaine manche. On peut aussi évoquer la Formule 1, où il faut créer des automatismes. Dans League of Legends, c'est à force de recréer un geste qu'on va réussir à avoir ces automatismes. Et c'est une fois qu'on les a qu'on va pouvoir aller chercher des réflexes de qualité.
Les joueurs sont-ils réceptifs à ces méthodes ?
Djoko : Oui. La plupart des gens de la nouvelle génération de League of Legends sont déjà plus ou moins familiers avec les animés. Et après, le sport, ça touche un peu tout le monde. Dans l'esport, c’est le sport qui résonne en premier et c’est la compétition qui est le mot-clé. On a fait en sorte de prendre des profils qui allaient matcher avec ce que j'allais mettre en place, parce que je ne voulais pas bosser avec des joueurs qui ne seraient pas réceptifs. Donc il y a eu une filtration qui a été faite en amont.
Mais oui, de manière générale, les gens sont réceptifs. Et de toute façon, ils n'ont pas le choix, parce que ce sont eux qui doivent écouter, pas l'inverse. Ça fait 15 ans que je suis là, contre deux ans pour certains d’entre eux. Si ce n'est pas moi qui ai le plus de science là-dedans, ou le plus à apporter, il y a quand même un problème. Dans le sport traditionnel, personne ne va dire au head coach comment ça va se passer. Et je ne dis pas que je ne vais pas écouter mes joueurs parce que, justement, c'est ça ma qualité. Comme j'ai été joueur, je sais ce qu'il faut écouter et je sais comment écouter. Mais, de manière générale, c'est le coach qui doit mener la danse.
Comment est-ce que vous jugerez si vous aviez raison ?
Djoko : Je le vois en fonction des résultats. Pour un projet Div2 qui s'est créé à la dernière seconde, où on a pris zéro joueur très connu, les résultats parlent d'eux-mêmes. Ensuite, je suis quelqu'un qui, de manière générale, réfléchit beaucoup et se remet beaucoup en question. J’ai des filets de sécurité avec Glopo (Frédéric Sialelli) comme Assistant Coach et d’autres meetings. Donc je me nourris des feedbacks que je récolte auprès des gens concernés, et je vais moi-même réfléchir à mes actions. Mais c'est à nous de nous surélever. J'ai de la chance d’être avec TLNP, qui m'a donné la chance de montrer de quoi j'étais capable. Et pour l'instant, ça paye.
Votre expérience de joueur vous aide-t-elle dans votre transition ?
Djoko : Oui. J’ai maintenant le rôle qui correspond à mes ambitions et capacités. Ce n’est pas facile d’être coach. Quand ton équipe gagne, c’est grâce aux joueurs, et quand elle perd, c’est la faute du coach. Il faut accepter ça. Le passage de joueur à coach demande justement de faire cette gymnastique mentale. Pour moi, pour être coach, il faut avoir été joueur. Dans le sport traditionnel, la majorité des excellents coachs sont d’anciens joueurs. C'est quelque chose qu'on voit de plus en plus maintenant en LEC avec Perkz (Luka Perković), NukeDuck (Erlen Holm), Cabochard (Lucas Simon-Meslet)… Il y a pas mal de gens qui font la transition, et pour moi c’est positif pour l’écosystème.
Pour cette première année, vous êtes entouré d’anciens coéquipiers et notamment de Nikola "Axelent" Petrusev, avec qui vous avez joué plusieurs saisons. Cela vous aide également ?
Djoko : Oui, beaucoup, parce que j'ai toujours aimé travailler en duo. J’avais Kaze (Quentin Gourbeix) avec lequel je jouais beaucoup à l’époque de Millenium, où on a dominé la France et l'Europe pendant des années. Après, il y en a eu plein d'autres. Maintenant c'est Axelent. Contrairement à ce que les gens pensent, c'est un super mec et c'est facile de bosser avec lui.
Le projet TLN Pirate avait été construit pour évoluer en Nexus League, avant d’être propulsé en LFL. Aujourd’hui, vous allez disputer vos premiers EMEA Masters. Qu’est-ce que cette trajectoire vous évoque ?
Djoko : C'est une trajectoire qui est très positive. On était dans une situation assez dure au début du projet, puisque le dossier a été accepté tard par la Ligue. On a bien géré le mercato ; on a été méthodiques. Derrière, il y avait deux places à prendre pour la LFL au Winter. On était confiant pour aller la chercher et ça a marché. Et comme on avait réussi à atteindre ce qu’on visait, c’est-à-dire le spot en LFL, on s’est dit “Pourquoi pas viser plus haut” ? Donc l’objectif, c’était d'aller aux EMEA Masters. Le deuxième split, on aurait dû y être, à mon avis, mais les choses ont fait que. Là, on s'était dit “peu importe, on va y aller”. C'était le dernier point de la bucket list cette année, avec ce roster.
Quelles sont vos ambitions aux EMEA Masters ?
Djoko : On est une équipe qui scale. Plus on a de temps, mieux c'est. On s’est offert deux mois de plus au calendrier, donc on est très contents. On a deux mois supplémentaires pour peaufiner ce qu’on a mis en place. On ne va pas révolutionner notre manière de jouer, mais on a encore des points de détail à améliorer, notamment dans la préparation mentale et stratégique. On sait qu’on sera aux EMEA Masters, et on va se servir de la fin de championnat pour prendre de l’expérience en BO5. Et notre identité, c’est de theorycraft la méta et d’améliorer notre arsenal. On a sorti Olaf bot contre Solary, vous en verrez d’autres pour les EMEA. Notre objectif, c’est de gagner la dernière game de la saison.
Avec la disparition de Team du Sud ou d’IziDream, le sud n’avait plus vraiment de représentant en LFL. C’est important pour le club de développer cette identité et de reprendre le flambeau ?
Djoko : Clairement. Le but, c’est de jouer la carte du Sud contre le Nord. En LFL, personne ne vient du sud. Joblife, on ne va pas me dire que ça vient du sud… [JL est basé en Occitanie, dans la partie sud-ouest de la France mais plus au Nord que Toulon, NDLR] On est les seuls représentants pour moi. Avant nous, les équipes du coin n’avaient pas vraiment réussi en LFL. Ce qu’on fait, c’est du jamais-vu. Pas simplement pour une équipe du sud d’ailleurs, mais aussi pour notre parcours. Il n’y a jamais eu d’équipe construite pour la Division 2 qui a gardé ses joueurs pour la LFL et qui a réussi à atteindre le top 3 ou à se qualifier aux EMEA Masters.
Lequel de vos joueurs vous paraît le plus “LEC ready” pour 2027 ?
Djoko : Ce n’est pas à moi de décider. Mais si j’étais Head coach d’une équipe LEC aujourd’hui, je regarderais de très près Axelent et Toffe (Tautvydas Gegeckas). Pour leurs clics, mais surtout pour leur état d’esprit, leur capacité à vite engranger des concepts et à appliquer ce qu’on attend d’eux. Tout le monde parle beaucoup de Toffe en ce moment et on est très contents pour lui. Axelent, c’est un autre profil. Je lui donne beaucoup de responsabilités. J’ai côtoyé de grands noms comme Comp ou Hans Sama, et Axelent, c’est un joueur de ce calibre. C'est mon petit, mon Padawan [Rires]. J’ai beaucoup bossé avec eux, et aujourd’hui, on voit où ils en sont. J’en suis très fier et je me dis que j’ai sûrement réussi à leur apporter ce dont ils avaient besoin pour franchir des paliers. Dans tous les cas, on a beaucoup de scrims avec des équipes LEC depuis le Spring et tous mes joueurs sont capables de jouer au-dessus. Il y a quelques équipes de milieu de tableau qui ont appris à nous connaître. Tout le monde est perfectible bien sûr, mais aucun de mes joueurs ne serait un imposteur en LEC.
Et vous, Berlin vous manque ?
Djoko : Tout le monde rêve de LEC, en tant que joueur ou en tant que coach. Ma carte de visite aujourd’hui, c’est ce qu’on a accompli cette année et mon vécu. J’ai déjà eu une ou deux approches informelles. Mais je suis tranquille par rapport à ça : le travail finit toujours par payer. Aujourd’hui, j’ai surtout la chance d’avoir un groupe talentueux, à l’écoute, et une structure qui met tout en œuvre pour nous permettre de performer. J’aime énormément ce côté familial : on se parle sans langue de bois, on se dit les choses et on avance tous ensemble.. Alors, pour répondre à ta question, autant viser le meilleur des deux mondes. Ramener Toulon à Berlin, ça aurait de la gueule, non ?
Comment tu vois la suite pour toi ?
Djoko : Mon objectif, c’est de faire évoluer la façon de coacher sur League of Legends en piochant dans d’autres disciplines. Je pense qu’on a pas mal de retard par rapport à d’autres régions, et j’ai des idées que j’ai l’occasion de mettre en place, et ça ne marche pas trop mal pour l’instant. Le rêve, c’est de faire comme Zizou (Zinédine Zidane) ou DD (Didier Deschamps) : gagner en tant que joueur, puis en tant que coach.”
