SLY Wakz: "Si on n'a pas de résultats, les gens se lassent. Et si tu n’as plus de fans, tu n'existes plus"
Après sept années de disette en LFL, Solary a fait le choix de placer l'un de ses co-fondateurs, Wakz, au rôle de Head of LoL. Ce dernier revient sur la manière dont il a construit le coaching staff puis le roster de l'équipe pour la saison 2026.
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Wakz. Credit: SolaryTV
Wakz a consulté Zeph et Wadi avant de construire le coaching staff puis le roster
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C’est l’une des plus grandes malédictions de l’esport tricolore. Après sept saisons dans la Ligue française de League of Legends, Solary ne s’est jamais qualifié aux EMEA Masters. Récemment, la situation est devenue d’autant plus frustrante pour la team d’amis qu’elle a effleuré le Graal, en étant régulièrement la première équipe non-qualifiée. Au Summer 2025, Solary termine 5e alors que quatre sièges sont à pourvoir.
Un an plus tôt, à l’été 2024, alors que les vannes sont grandes ouvertes et que six slots sont alloués à la LFL — un record — Solary finit 7e. L’hiver dernier, Solary arrive troisième de la LFL, son meilleur résultat, son tout premier podium. Mais pour la première fois depuis que la ligue se joue à dix, seules les deux premières places offrent un billet pour les EM. Rien n’y a fait : le club qui s’amusait à affirmer “jouer le titre” jusqu’à ce que la blague ne devienne un fardeau ne parvient pas à briser son plafond de verre.
Changement de direction
En 2025, l’équipe avait même investi plus que jamais auparavant dans les joueurs et dans l’encadrement... sans réussir à conjurer le mauvais sort. Alors les leçons à tirer ont été nombreuses, et c’est au sommet de la pyramide que des décisions ont collectivement été prises en amont du LFL Invitational, qui débutera ce mercredi à 19h CET pour SLY avec un match contre Yumeea. Manager de l’équipe depuis un an et demi, Romain "Caëlan" Albesa, s’est volontairement mis en retrait du projet LFL.
Un autre co-fondateur du club est revenu au premier plan pour assumer le rôle de Head of LoL : César "Wakz" Hugues. Joueur du roster aux prémisses de l’équipe entre 2019 et 2020, Challengers en SoloQ, l’AD Carry avait par la suite pris ses distances et avait essentiellement contribué au cast des games de son équipe. “Je ne voulais pas être ce mec qui arrive et va dicter son point de vue en pensant avoir raison alors que ce n’est pas parce que j'ai l'expérience que j'ai forcément raison sur tout”, explique-t-il.
Ce revirement résulte avant tout de la volonté du club de réinscrire son projet dans une dynamique plus incarnée. “Créer un attachement, notamment au niveau des fans, c'est beaucoup plus simple si ça passe par une personne qui vraiment va représenter le projet”, justifie l’AD Carry, qui streamera les games sur sa chaîne Twitch. Ce retour aux sources pour l’une des équipes pionnières de l’incarnation en France s’explique aussi par des logiques budgétaires. Le club est en difficulté financière suite à la perte de deux sponsors (Aldi, qui s'est retiré de l'esport, et Cetelem) et en raison de coûts supplémentaires dans la rénovation de ses nouveaux locaux estimés 400 000 euros, comme l'a détaillé Baptiste "TiiisBa" Doussaint, directeur général du Solary, sur X. Pour faire face et renflouer les caisses, Solary a dû chercher des leviers.
Renforcer le merchandising
L'équipe a récemment annoncé l'arrivée d'un nouveau partenaire, Winamax, mais cherche aussi à se diversifier. “Une des solutions, c'est tout ce qui passe par le merchandising”, souligne Wakz. “Comme je vais vivre beaucoup plus les choses, on considère que l'audience aussi va avoir des émotions qui sont plus importantes. Quand tu apprécies une équipe, tu as plus envie de la soutenir, tu as plus envie d'acheter un maillot. Si on a 15 000 viewers sur le stream forcément on vendra plus de maillots.” Un modèle alternatif pour alléger la dépendance aux sponsors sur lequel seules les équipes les plus populaires peuvent vraiment s’appuyer. Il a notamment fait ses preuves pour la Karmine Corp puisqu’en 2023, 40% des revenus du Blue Wall étaient issus de la vente de merchandising.
Pour poser les premières pierres du nouvel édifice Solary, Wakz a commencé par consulter : “L'une des premières choses que j'ai faites quand j'ai repris le rôle de Head of LoL, c'est d'aller discuter avec ceux que je considère être très compétents en France.” Le streamer a ainsi échangé avec Wadi "Wadi" Benarbia, qui oeuvre dans le coaching des équipes de la Karmine Corp depuis 2023, et Zeph, l’actuel assistant coach de la KC en LEC et passé par Movistar KOI, “deux profils qui ont très bien réussi et ont très bien performé”. “Zeph, à chaque fois qu'il a eu un roster, il a surperformé selon moi. Je donne énormément de valeur à sa vision, à sa compréhension du jeu”, détaille Wakz. Ce dernier est donc allé chercher des confirmations sur la manière dont il souhaitait construire son coaching staff et sur des questions logistiques.
Un équilibre à trouver
Le Head of LoL a donc identifié deux priorités : d’abord trouver un staff de confiance qui partage sa vision du jeu avec au moins deux personnes. Avec des profils spécifiques, souhaités par Wakz : une “figure d’autorité” en tant que Head Coach, “qui ait vraiment le dernier mot et qui soit respecté par les joueurs”. “Plus tu es proche de quelqu'un, plus tu vas avoir des relations humaines, donc tu auras potentiellement plus de difficultés à garder l'autorité”, estime le streamer. Wakz admet d’ailleurs que Solary a pu avoir “tendance à être un peu trop sympa” par le passé. L’équipe a donc conservé Danny "Dan Dan" Comte, déjà en poste l’an dernier.
Pour préserver un équilibre et cet esprit qui “fait la force de Solary”, le streamer a voulu “des mecs très proches des joueurs” en tant que manager ou assistant coach. “C’est super important que les joueurs se sentent dans un environnement où ils sont en confiance et sereins pour pouvoir parler sans avoir peur des conséquences éventuelles”, détaille Wakz. Fabrizio "Gine" Ginestroni et uko ont ainsi rejoint le projet, respectivement en tant qu’assistant coach et manager.
De nombreuses possibilités
La deuxième priorité a été de faire en sorte d’avoir les joueurs sur place. “Le projet devient tout de suite beaucoup plus humain et c'est beaucoup plus simple, quand tu as des soucis, de les régler quand c'est en physique”, explique-t-il. “Ça te permet de passer beaucoup plus de temps avec les joueurs et donc de te sentir plus proche de l'équipe. Ça crée aussi un peu plus d'engouement pour l’équipe. Comme elle voit aussi beaucoup de gens, elle voit la réalité de l'entreprise, elle se sent plus attachée aussi à Solary.”
Pour construire son roster aussi, Solary a fait les choses différemment. Le club a fait pour la première fois appel à un scout, Blazzios. Ce dernier a identifié les joueurs les plus pertinents avant de les transmettre à Dan Dan et Gine, qui ont analysé les joueurs et validé ou non les profils. Grâce à cette méthode “il y a beaucoup de personnes qu'on a considérées auxquelles je n’aurais jamais pensé”, confie Wakz. Si à l’exception de Kang "Jool" Dong-soo, les joueurs retenus sont finalement plutôt connus sur la scène ERL, Solary a eu de multiples possibilités dans cette offseason.
“C'est indispensable de performer cette année"
Plutôt qu’une équipe de superstars, le club a visé des “profils complémentaires, qui vont bien ensemble et qui ont la dalle”. “Une des erreurs qu'on a faites dans le passé c’est qu’on a pris des noms et des joueurs qui sont forts ou qui ont été forts et pas forcément des mecs qui sont super motivés”, admet Wakz. “Ça peut être le cas de certains joueurs qui descendent de LEC et qui ont moins envie de se donner à fond. À l'inverse, quand tu es en train de monter tu as les yeux rivés sur le LEC et tu veux tout donner.”
Malgré un budget grandement réduit par rapport à 2025, Solary a été capable d’aligner un roster compétitif. “On a de la chance de notre malchance parce que tous les budgets ont réduit”, détaille Wakz, qui a révélé en stream avoir mis plus de 15 000 euros de sa poche pour compléter le budget alloué au roster. “On a réussi à avoir Piero (Kim Jeong-hoon), qui aurait vraiment été inatteignable.” Avec son roster, complété par Felix "Kryze" Hellström, Lanzo "Zicssi" Ciajolo et Berat "Aetinoth" Tıknazoğlu, Solary a ainsi été classé troisième par les vingt équipes qui participent au LFL Invitational.
Le plus dur reste toutefois à faire pour éviter que le roster prometteur de 2026 ne finisse comme les rosters prometteurs qui l’ont précédé. L’enjeu sera notamment de parvenir à résoudre les problèmes qui apparaîtront tout au long de l’année avec cette nouvelle philosophie et ce nouvel équilibre voulu dans le management. “C'est indispensable de performer cette année. C'était déjà un peu ce que je considérais l'année dernière”, avance Wakz. “On a besoin de rendre quelque chose aux fans. Financièrement c'est très compliqué. Je ne sais pas si dans deux, trois ans — si on n'a pas de résultat —, on pourra toujours continuer à être en LFL. Si on n'a pas de résultats, petit à petit, les gens se lassent. Et quand tu es une structure esport, si tu n’as plus de fans, tu n'existes plus.“