Le rêve des
de participer aux playoffs semble s’éloigner peu à peu. Malgré un début de split placé sous le signe de l’espoir
après plusieurs changements au sein du roster, l’organisation suisse occupe désormais la dernière place du
classement du LEC Summer Split avec un bilan de 0-5, après avoir enchaîné deux défaites face à
et
lors de la quatrième semaine. Avec seulement quatre matchs encore à jouer, les espoirs de qualification pour les playoffs s’amenuisent rapidement, mais l’équipe devra malgré tout se montrer à la hauteur si elle veut au moins terminer le split la tête haute.
Au sein d’une interview exclusive, le head coach
Yanis « Striker » Kella s’est entretenu avec
Sheep Esports pour revenir sur les deux dernières années, évoquant les erreurs commises en chemin ainsi que sa part de responsabilité dans les résultats de l’équipe cette année. Il revient également sur son avenir dans l’esport et sur ce qu’il faudra attendre des Shifters pour la fin du split.
Vous êtes désormais à 0-5 et vos chances de playoffs sont très faibles. Quel est ton ressenti sur votre situation actuelle et, plus largement, sur votre split ?
Yanis "Striker" Kella: “C'est forcément un mauvais feeling. On a fait des changements et pris une direction sur laquelle je pense que tout le monde n'était pas forcément d'accord en interne. Mais, il fallait prendre des décisions, donc j'ai plus ou moins suivi. Je pense qu'il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous nous sommes trompés, et on le paye aujourd'hui.
De mon point de vue, il y a aussi beaucoup de choses qu'on avait mal faites l'année dernière. Il y a une partie qui est du snowball et une autre qui vient de décisions prises sur le moment. Mais, je pense qu'on n'a pas été très lucides sur la façon d'aborder le projet du Summer Split, sur beaucoup de points.
À ça s'ajoute le fait qu'on avait un nouveau roster, et je ne pense déjà pas qu'on était une très bonne équipe en sortant du Spring. Ça fait beaucoup d'erreurs au final.
Tu évoquais plusieurs erreurs faites. Quels sont selon toi les principaux éléments qui ont empêché le projet de fonctionner sur l’ensemble de la période ?
Striker: Je ne pense pas que ce soit important d’entrer dans les détails. Je pense qu’il y a des responsabilités qui sont partagées, et je connais ma part de responsabilité. Il y a beaucoup de choses que j’ai mal faites depuis fin 2024, sinon on ne serait pas dans cette situation.
D’un point de vue personnel, j’essaie surtout d’en tirer des leçons pour que ça puisse m’accompagner dans mes futures expériences. Pour le reste, ce n’est pas de mon ressort.
Tu as dit que tu avais une part de responsabilité dans ce qui s’est passé depuis 2024. Aujourd’hui, avec le recul, comment tu vois cette responsabilité et les choix qui ont été faits pour faire évoluer le projet ?
Striker: Je pense que ça dépend de quoi on parle. En 2025, je pense qu’on a fait des erreurs dans la façon dont on a abordé le projet. En 2023 et 2024, ça s’était bien passé parce que les changements étaient petits. On avait seulement ramené un ADC en gardant quatre joueurs, ce qui permettait de conserver beaucoup de choses d’une année à l’autre et d’avoir une fondation sur laquelle avancer.
Après, c’est difficile à dire, parce que tout le monde était convaincu qu’il fallait faire des changements. L’ampleur et la nature de ces changements, en revanche, sont toujours discutables. Mais, je pense que, dans tous les cas, des changements étaient nécessaires.
Je pense à MKOI qui, malheureusement, et avec tout le respect que j’ai pour Melzhet (Tomás Campelos Fernández), se retrouve aujourd’hui dans une situation qu’on avait justement essayé d’éviter après 2024. On voyait certaines choses et on se disait qu’on n’allait probablement pas pouvoir aller plus loin de cette façon, et que certains rosters allaient finir par nous rattraper si on ne faisait rien.
On a donc pris un risque, et je pense qu’il faut toujours prendre des risques. Ça, je ne peux pas le regretter. Je pense que c’était quelque chose qu’il fallait faire. Après, ce qu’il fallait faire différemment, c’est autre chose.
Il vous reste encore quatre matchs, contre FNC, KC, TH et VIT. Tant que les playoffs restent mathématiquement possibles, vous devez continuer à vous battre, mais la confiance de l’équipe est forcément affectée. Comment vois-tu ton rôle en tant que coach pour remobiliser les joueurs et les aider à aborder cette fin de split ?
Striker: Je pense qu’il faut donner de la perspective et de l’enjeu. Je ne pense pas qu’on puisse automatiquement faire croire à ses joueurs en quelque chose qui semble hors de portée. Mais dans tous les cas, il faut s’offrir les moyens de faire la meilleure performance possible, puis voir si on fait les playoffs ou non.
De mon point de vue, le plus logique et le plus rationnel, c’est donc de trouver d’autres raisons que l’atteinte des playoffs pour se donner à fond sur le temps qu’il reste. Ça peut être par fierté personnelle, parce qu’on ne veut pas finir le split sans victoires, ou encore pour que les joueurs puissent se mettre en avant pour l’année prochaine. Ça peut être pour plein de raisons.
Je pense que chacun peut trouver ses raisons, individuellement, et qu’il faut trouver une source de carburant pour continuer à avancer. Parce que si on s’arrête au fait qu’on n’a que 4 % de chances de faire les playoffs, c’est là qu’on peut commencer à complètement give up.
Avec la fin de la saison qui approche et la plupart des contrats qui arrivent à leur terme, as-tu pu réfléchir à ton avenir après ce split ?
Striker: Oui, on est quasiment tous en fin de contrat, donc il faudra voir. Il y aura une offseason comme d’habitude. Pour ce qui est de mes envies personnelles, ça fait quand même pas mal d’années que je coache, en ERL comme en LEC. Honnêtement, il y a peut-être une forme de lassitude qui s’installe aujourd’hui. Je ne pense pas que ce soit quelque chose que je ferai toute ma vie.
Je pense que j’ai potentiellement besoin de trouver des défis plus personnels. Il y a quand même beaucoup de frustrations cette année sur des aspects où j’ai l’impression de ne pas avoir beaucoup de marge de manœuvre. Je considère que je pourrais “davantage m’épanouir” si je n’avais pas certaines limites. J’ai envie de trouver quelque chose où je puisse me dire : « À 100 %, c’est toi, ou ce n’est pas toi. » Le métier a de très bons aspects, mais également des aspects plus frustrants, notamment ce sentiment de ne pas avoir complètement le contrôle sur le résultat de certaines choses.
Après, ça peut être une bonne comme une mauvaise chose. Je ne pense pas que, lors de mes premières années de coaching, j’étais le meilleur coach du monde, et pourtant, ça se passait très bien. Alors, on peut aussi bénéficier de ce manque de contrôle. Mais, quand tu es de l’autre côté, comme c’est un peu mon cas cette année, avec beaucoup de choses sur lesquelles je n’ai pas réellement mon mot à dire et pour lesquelles je pense qu’on a simplement pris de très mauvaises décisions, c’est très frustrant.
Il y a aussi le fait d’être bloqué à Berlin. Chacun trouve la ville comme il le veut, mais ça n’a jamais vraiment été mon truc. J’y étais purement pour des raisons professionnelles.
Donc, on verra. Je discuterai avec mon agent à la fin du split et on verra quelles opportunités il a. Mais, je pense qu’il y a de bonnes chances que je prenne au minimum une pause. En tant que coach, on a aussi cette possibilité de prendre du recul et ensuite de voir ce qu’on veut faire.
C’est peut-être le bon timing pour poursuivre d’autres projets, toujours en rapport avec League of Legends, mais peut-être moins sur l’aspect coaching d’une équipe professionnelle, et ensuite constater si ça me manque suffisamment pour revenir ou non. La compétition, en tout cas, sera forcément difficile à remplacer si ça se termine.
Tu es devenu une cible de beaucoup de critiques au fil des années. Est-ce que cette image t’a affecté, personnellement ou dans ta carrière, et penses-tu qu’elle pourrait te fermer certaines portes ?
Striker: Non, j’essaie de ne pas trop y prêter attention. Je considère que, dans tous les cas, les spectateurs sont la raison pour laquelle on peut faire ce métier. Certains sont plus vocaux et plus négatifs que d’autres, mais selon la posture que tu adoptes, tu vas forcément recevoir plus ou moins de critiques.
Je n’ai jamais été quelqu’un qui se cache. J’ai toujours affiché mes ambitions, parfois peut-être décorrélées de la réalité, mais j’ai toujours ouvert ma gueule sur des sujets que je considérais comme honnêtes. Forcément, il y a un backlash. Si tu ne performes pas derrière, ça va forcément te revenir dessus. Je n’ai pas vraiment de problème avec ça.
Ce que je sais, c’est que je fais quelque chose dans ma vie qui me passionne. Je fais ce que j’ai à faire. Après, s’il y a des personnes qui préfèrent commenter plutôt que poursuivre leurs propres objectifs, grand bien leur fasse. Mais, dans tous les cas, ils font partie de la masse de viewers qui fait que l’esport existe.
Un dernier mot pour les personnes qui suivent Shifters avant les dernières semaines du split ?
Striker: Je pense qu’aujourd’hui, on n’est pas passés loin sur la game 1 contre G2. La game 2 était un peu plus compliquée sur certains aspects, mais même celle-ci était accrochable.
On a quand même envie de faire au mieux, peu importe si la qualification se fait ou pas. Donc voilà, merci pour le soutien pour ce qu’il reste, et on verra ce qu’on peut faire sur les prochaines semaines. Mais, sachez qu’on est les premiers déçus de ce genre de performances.”