Shifters ont décroché une victoire très importante en
s’imposant face à Fnatic au début de la troisième semaine du
League of Legends EMEA Championship (LEC) Versus 2026. Alors que le classement reste très serré, l’organisation genevoise est toujours en retrait par rapport au reste du peloton, mais espère capitaliser sur cette dynamique pour décrocher une place en playoffs. Dans un entretien exclusif, le midlaner
Ilias « nuc » Bizriken s’est confié à
Sheep Esports sur les difficultés de l’équipe à trouver une vraie synergie, sa santé mentale, ainsi que les défis à venir.
Après des matchs compliqués, vous avez cette fois réussi à conclure contre Fnatic. Toi qui as été frustré par la manière dont certaines games vous échappaient, est-ce que tu peux revenir sur ce qui s’est passé aujourd’hui ?
Ilias "nuc" Bizriken: "On a bien commencé la partie. Les phases de lane ont été solides, on a pris rapidement des avantages, on a forcé des Flashs, et globalement tout s'est passé comme prévu. Les trois premiers dragons ont été bien gérés, on a développé notre snowball en contrôlant correctement la vision.
Mais à partir du troisième dragon, j’ai le sentiment que quelque chose se dérègle. Honnêtement, même avec du recul, ce n’est pas évident à expliquer. Il y a une situation pourtant très simple : je survis au top alors que Taliyah et Pantheon utilisent leurs ultis sur moi, K’Sante dépense sa téléportation, Rek’Sai push bot, et K’Sante est ensuite repéré sans sa TP. À ce moment-là, leur top side devrait logiquement s’effondrer.
Sauf que ça ne se passe pas comme prévu. C’est nous qui mourons, et en jeu, je n’ai pas compris ce qui s’est passé. On est dans une situation gagnante, et pourtant, il se passe un truc de fou et soudainement, sur une séquence, tout bascule : on se retrouve derrière et la partie nous échappe. Je pense qu’on avait les bonnes idées. Le problème est venu surtout de l’exécution.
Est-ce que tu as quand même senti une amélioration récemment, notamment en scrims ? On a beaucoup parlé de tes tweets après les défaites de la semaine dernière : comment tu as vécu cette période entre la semaine passée et maintenant ?
nuc: En fait c’est marrant, parce que je pense que pour les fans internationaux, quand ils traduisent mes tweets, ça a l’air très violent, alors qu’en France, ce n’est pas du tout perçu comme ça. Déjà, je répondais surtout à des gens précis, à ceux qui parlaient mal et avaient le seum après la victoire de Los Ratones. Mais comme je les vouvoyais, certains ont cru que je m’adressais à tout le monde, alors que pas du tout. Ces tweets, c’est vraiment comme si je parlais en stream, avec Hiro (Alexandre El Hodebey) ou avec d’autres. Ça se traduit pas. Une fois que c’est lu dans une autre langue, ça n’a plus vraiment de sens. C'est bidon. Les gens ont réagi pour rien.
Ensuite, sur la transition entre la semaine dernière et maintenant, honnêtement, on n’a pas eu une semaine facile. On a eu beaucoup de difficultés. Je pense que ça vient clairement d’un snowball négatif. Pour plusieurs raisons — que je ne vais pas détailler — il y a des choses qui ont commencé à mal se passer, la frustration a commencé à monter.
Et ensuite, les matchs officiels sont arrivés, il se passe ce qui se passe, et ça fait une sorte de petite explosion qu’on doit essayer de contrôler au maximum, juste pour… survivre. Parce qu’on était bons, on est passés de bons à nuls d'un seul coup. Ce que je me suis dit, c'est qu'on pouvait alors tout aussi passer de nuls à bons rapidement, à la même vitesse.
Est-ce qu'il y a eu des désaccords par exemple sur la façon de jouer de certains membres ?
nuc: Ouais, je pense que dans cette équipe, on a beaucoup d’idées, mais on en met très peu en pratique. Ça résume bien la situation : chacun a sa propre vision du jeu et on ne s’accorde pas toujours, donc ça part souvent en cacahuètes. Je crois que ça joue sur nos problèmes récents et que ça génère de la frustration. Les gens sont moins enclins à accepter ce genre de situations.
Mais bon, c’est une période noire pour notre équipe. Si on la passe, c'est comme les couples qui sont sur le point de se quitter, s'ils ne se quittent pas et qu'ils trouvent les solutions ensemble, tout va bien. Pour être clair, ils ne sont pas en train de se quitter dans ce cas-ci hein, c’est juste une métaphore.
L’an dernier, vous aviez des problèmes similaires. Pourquoi ce genre de problème revient‑il, alors que trois membres de l’an dernier sont toujours là ?
nuc: Je pense que ce genre de problème existe dans toutes les équipes. Certaines arrivent à se mettre d’accord, à mettre leur ego de côté et à travailler ensemble. Nous avons beaucoup plus de mal à le faire et ça nous ralentit beaucoup. Mais je ne me fais pas de soucis : le moment où ça va déclic, on sera très fort. Il faut vraiment que ça arrive vite par contre. Il faut que l'on aime jouer ensemble, que l'on s'amuse en jeu. Aujourd’hui, c’était beaucoup mieux que la semaine dernière. Donc il faut juste continuer à faire de notre mieux.
nuc: Les problèmes que j’avais n’avaient rien à voir avec de l’énervement ou de la colère. J’en ai déjà parlé, mais c’était surtout de l’anxiété liée à la santé. Ça a commencé avec mes douleurs aux bras : ça m’a vraiment handicapé pour jouer, je ne pouvais plus jouer correctement.
Ensuite, il y a eu beaucoup de problèmes internes chez BDS, parce qu’on devait encore changer l’équipe juste avant le Summer Split. On est restés très longtemps à Berlin, on a enchaîné les tests de nouveaux joueurs, les scrims, et mentalement, j’étais déjà épuisé. J’avais juste envie de rentrer chez moi, de me reposer. À tout ça s’est ajouté énormément de frustration. En fait, c’était une accumulation de tout.
Puis, pendant la pause, j’ai eu un souci de santé — pas quelque chose de grave objectivement — mais ça a déclenché quelque chose chez moi. À partir de ce moment-là, pendant presque cinq mois, je pensais chaque jour que j’avais toutes les maladies possibles. C’était invivable. Quand tu es dedans, tu ne peux plus vraiment vivre normalement.
J’ai reçu beaucoup de messages de personnes qui vivaient la même chose, qui me disaient que ça leur ruinait la vie et qu’elles cherchaient des solutions. J’essayais de les aider comme je pouvais. Mais pour être clair, ce n’était pas un problème de gestion de la colère ou autre. C’était vraiment de l’anxiété liée à la santé.
Du coup, tu dirais que les haters dont tu parlais dans tes tweets la semaine dernière ne t’atteignent pas ?
nuc: Non, honnêtement, je m'en fiche. Les réseaux, je connais. J’ai déjà fait du 0‑55 en LEC, je me suis fait insulter ainsi que mon arbre généalogique un nombre incalculable de fois, donc ce n’est pas ça qui va m’atteindre. C'est des gens que je ne connais pas, que je ne rencontrerai jamais de ma vie, donc je m’en fiche complètement. Ça ne m’impacte pas. Je m’en pète un rein quoi.
nuc: Dans l’équipe, il occupe un rôle de coach pour notre toplaner. Globalement, il aide aussi sur le jeu en discutant avec nous, mais son rôle principal est vraiment de coacher Rooster (Shin Yun-hwan). Il l’aide à réfléchir pendant les parties, à remettre en question ses choix, etc. C’est un excellent coach positionnel pour Rooster, mais aussi un ami. Même avec le peu de temps que j’ai passé avec lui, c’est quelqu’un que j’apprécie énormément. Il a une super personnalité, c’est un mec chill qui te fait rire. Je suis très heureux de l’avoir chez Shifters.
Qu’est-ce qu’on peut attendre de Shifters dans les prochains jours ? Vous avez encore deux matchs contre NAVI et KC. Est-ce que la victoire contre Fnatic peut vous servir pour lancer une bonne dynamique ?
nuc: Cette semaine de scrims, comme je le disais, ça ne s’est pas très bien passé, et je ne pense pas qu’on ait pu tirer autant de leçons qu’on aurait voulu. On a quand même appris des choses, mais c’est très difficile dans ce genre de moment. La game d’aujourd’hui montre tous nos problèmes. On a très bien joué l’early et le mid game, on a obtenu une bonne situation, mais on a vraiment manqué tous les timers et pas bien joué de manière générale. Malgré ça, on a quand même eu “le bonbon” à la fin, avec la victoire.
C’est toujours plus facile d’apprendre sur scène, parce que c’est émotionnellement plus fort. Si on analyse bien la partie d’aujourd’hui et qu’on ne reproduit plus nos erreurs, je pense que les prochains jours vont très bien se passer. Spécialement demain contre NAVI. Après pour lundi, KC reste une très forte équipe, donc on va déjà voir pour demain. Chaque jour, après chaque match, on va tout faire pour retenir nos leçons et progresser."