Pendant au moins un court instant,
peut prendre le temps de savourer son début de saison lors de la premiÚre semaine du
LEC 2026 Spring Split, lâorganisation ukrainienne occupant seule la premiĂšre place du classement. PortĂ©e par deux victoires face Ă
et
, lâĂ©quipe continue de progresser Ă un rythme soutenu, et lance dĂ©sormais une vĂ©ritable offensive pour sâinstaller tout en haut de la scĂšne europĂ©enne.
Dans une interview exclusive,
Sheep Esports sâest entretenu avec lâassistant coach de lâĂ©quipe,
Adrien "GotoOne" Picard, afin dâĂ©voquer lâĂ©volution du collectif, le dĂ©but de saison compliquĂ© de
, ainsi que son rĂŽle au sein de lâĂ©quipe.
Comment tu te sens aprÚs ce début de split? Est-ce que tu en es satisfait ?
Adrien "GotoOne" Picard : âĂa va globalement. Je suis un peu fatiguĂ© aprĂšs des BO3 comme ceux-lĂ , surtout avec les quelques problĂšmes techniques et des dĂ©lais qui rallongent les journĂ©es. La reprise est assez intense, mais les BO3 sont vraiment intĂ©ressants. Je trouve que câest beaucoup mieux pour travailler quâun format en BO1. Câest surtout une question dâadaptation Ă ce nouveau rythme qui est plus exigeant. Mais dans lâensemble, ça se passe bien.
Vous ĂȘtes Ă 2-0, mais avec des matchs parfois compliquĂ©s : comment tu juges cette premiĂšre semaine en termes de niveau de jeu ?
GotoOne: Oui, clairement. Contre
, ce nâĂ©tait pas parfait, mais je ne dirais pas quâon Ă©tait
âshakyâ non plus. On a globalement fait ce quâon voulait, et la communication in game Ă©tait propre, en lien avec ce quâon avait travaillĂ©. Je suis donc plutĂŽt satisfait de ce premier match.
En revanche, aujourdâhui contre
, câĂ©tait plus dĂ©sordonnĂ©. On nâĂ©tait pas vraiment alignĂ©s sur ce quâon voulait faire en jeu, donc je suis moins satisfait de ce match. Sur le papier, ça aurait dĂ» ĂȘtre un peu plus simple, mĂȘme si ça reste une Ă©quipe quâil ne faut pas sous-estimer. Ils sont capables de prendre des games et ont de bons fondamentaux, notamment en teamfight â ça se voit quâils ont travaillĂ© cet aspect.
Un point positif par rapport au Winter Split, câest quâon sâadapte mieux entre les games : sur la draft, sur les types de champions quâon veut jouer, et en fonction de la dynamique de la journĂ©e. Le fait dâavoir fait les playoffs au Winter nous a donnĂ© une certaine avance lĂ -dessus. Je pense que câest aussi ce qui nous permet de gagner ces BO, mĂȘme si câest parfois un peu âĂ lâarracheâ. Mais on est encore loin dâun niveau oĂč on peut dire quâon est vraiment solides.
Est-ce que tu as lâimpression que lâĂ©quipe progresse au rythme attendu ?
GotoOne: Durant le LEC Versus, on est allĂ©s plus vite que ce que jâattendais, et plus vite que ce que les gens imaginaient. LĂ , câest encore un peu difficile Ă Ă©valuer aprĂšs seulement une semaine. Mais ce qui est sĂ»r, câest quâon a lâĂ©tat dâesprit dâune Ă©quipe qui veut gagner.

âOn ne travaille pas comme un projet ârookieâ ou long-terme : au quotidien, on joue pour gagner maintenant, cette semaine, la suivante, et viser le plus haut possible, mĂȘme le titre.â

En termes de progression, jâai presque lâimpression quâon va parfois un peu trop vite. On amĂ©liore certains aspects, mais ça en fait reculer dâautres. Par exemple, quand on travaille notre mid-game, nos teamfights deviennent moins bons. Cette semaine, notre early game Ă©tait moins solide, alors que câĂ©tait un point fort au Winter. Il faut rĂ©ussir Ă tout rĂ©aligner, Ă assembler toutes les piĂšces du puzzle. Câest lĂ -dessus quâon doit progresser.
On a quand mĂȘme le luxe de pouvoir avancer vite, notamment grĂące aux victoires qui nous mettent dans une position confortable pour la qualification en playoffs. Donc pour lâinstant, il faut continuer Ă travailler de maniĂšre intensive. Mais il reste encore du chemin avant que tout soit vraiment en place.
En dĂ©but dâannĂ©e, vous Ă©voquiez une barriĂšre linguistique chez OTP. a eu des parties compliquĂ©es sur ce dĂ©but de Spring. Est-ce que ces difficultĂ©s sont liĂ©es Ă la communication, ou plutĂŽt Ă autre chose selon toi ?
GotoOne: Ce nâest pas vraiment liĂ© Ă la communication. Câest plutĂŽt liĂ© aux attentes que Poby se met Ă lui-mĂȘme.
On en a dĂ©jĂ parlĂ© ensemble aprĂšs le match contre MKOI, et on va continuer Ă en discuter aprĂšs celui dâaujourdâhui. Il a un mindset trĂšs corĂ©en : pour lui, ĂȘtre un bon laner, câest essentiel, câest une base fondamentale du jeu, et il se met Ă©normĂ©ment de pression lĂ -dessus. Je pense quâil est dĂ©jĂ trĂšs bon en lane, mais il veut prouver encore plus. Il en fait peut-ĂȘtre un peu tropâŻ; il sâest mis la pression tout seul.
Il est aussi encore trĂšs jeune â il reste un bĂ©bĂ© Ă mes yeux. Il manque dâexpĂ©rience et de stabilitĂ© mentale Ă ce niveau-lĂ . Câest un processus qui prend du temps, ce nâest pas quelque chose quâon peut accĂ©lĂ©rer. Nous, on est lĂ pour lâaccompagner : quand il fait des erreurs, on le recadre, mais toujours en lui disant quâon est lĂ pour lâaider.
Il faut aussi comprendre que pour un joueur corĂ©en, surtout pour quelquâun ayant touchĂ© Ă lâĂ©lite corĂ©enne et ayant Ă©tĂ© dans une Ă©quipe comme T1, il peut avoir lâimpression que sâil fait une erreur, il peut ĂȘtre remplacĂ© immĂ©diatement. Dans sa tĂȘte, il y a une vingtaine de joueurs prĂȘts Ă prendre sa place. En CorĂ©e, un joueur peut ĂȘtre mis sur le banc en un claquement de doigts, et aprĂšs fin de lâhistoire. En Europe, ce nâest pas le cas : les changements ne se font pas du jour au lendemain, et il y a plus de temps pour progresser.

âTypiquement, la culture corĂ©enne lui a créé pas mal dâanxiĂ©tĂ©, et ça sâest vu durant nos matchs.â

Le fait dâavoir gagnĂ© aide aussi Ă aborder ces discussions plus sereinement. On prend le temps de lui expliquer que chez NAVI, ça ne se passera pas comme en CorĂ©e. On lui explique quâon est lĂ pour lui, que câest un projet sur la durĂ©e, et quâon veut construire avec lui.
Il rĂ©pond trĂšs bien à ça : il fait des efforts, il communique de plus en plus, mĂȘme sâil ne comprend pas encore tout parfaitement. Ă nous maintenant de faire le nĂ©cessaire pour quâon soit tous alignĂ©s avec lui.
et semblent ĂȘtre vos principaux rivaux : VIT a montrĂ© un trĂšs bon niveau jusquâĂ prĂ©sent, tandis que GX a fait un top 4 et vous ont Ă©liminĂ©s au Winter. Dans ce contexte, comment comptez-vous vous dĂ©marquer pour les battre ?
GotoOne: Câest une trĂšs bonne question. HonnĂȘtement, je nây ai pas encore Ă©normĂ©ment rĂ©flĂ©chi. On va jouer Vitality la semaine prochaine, donc ce sera plus concret Ă ce moment-lĂ .
Je pense que la clĂ©, câest surtout de rĂ©ussir Ă assembler toutes les piĂšces du puzzle. On sâest beaucoup amĂ©liorĂ©s sur le mid-game, mais on a perdu en qualitĂ© sur notre early game. Il faut rĂ©ussir Ă combiner les deux. Contre ce type dâĂ©quipes, avoir un bon early game est essentiel, donc il faut revenir aux fondamentaux.
Ensuite, il ne faut pas essayer de leur ressembler. On doit continuer Ă construire notre propre identitĂ© de jeu. Par moments, on a tendance Ă trop sâĂ©parpiller, Ă vouloir faire trop de choses. Il faut quâon simplifie, quâon fasse bien une chose, et quâon soit solides lĂ -dessus. Et surtout, il faut quâon reste confiants en nous.
Tu as aujourdâhui une vision claire de lâidentitĂ© de votre Ă©quipe ?
GotoOne: De plus en plus, mais elle nâest pas encore totalement fixĂ©e.
Aujourdâhui, avec la fearless draft notamment, tu es obligĂ© dâavoir plusieurs identitĂ©s. Tu ne peux pas ĂȘtre juste une Ă©quipe qui joue toujours front-to-back ou toujours engage. Ăa ne fonctionne plus comme ça. Il faut avoir plusieurs outils et savoir sâadapter.
LĂ oĂč on progresse, câest surtout sur les responsabilitĂ©s et la communication in game : identifier les bonnes personnes pour prendre la parole, savoir quoi demander et Ă quel moment. Ăa, on commence Ă vraiment mieux le maĂźtriser.
Donc je pense quâon est sur la bonne voie. Il nous reste encore Ă affiner notre lecture de la mĂ©ta, Ă©largir notre pool de champions et consolider nos options de jeu. Câest assez classique, mais câest ce qui nous manque encore pour stabiliser complĂštement notre identitĂ©.
Parmi les diffĂ©rents profils de coachs, comment te dĂ©finirais-tu : plutĂŽt stratĂšge, architecte ou chef dâorchestre ?
GotoOne: Câest une rĂ©flexion trĂšs intĂ©ressante⊠Je pense que je me vois comme un mĂ©lange dâarchitecte et de chef dâorchestre.
Jâaime beaucoup construire une structure solide autour de lâĂ©quipe : dĂ©finir un cadre clair, sâassurer que les rĂšgles et les limites sont bien comprises, et savoir comment rĂ©agir quand elles sont dĂ©passĂ©es ou non respectĂ©es. Dans le mĂȘme temps, je tiens Ă laisser de la libertĂ© aux joueurs, que ce soit dans leur travail ou dans leur maniĂšre de fonctionner au quotidien.
Aujourdâhui, dans le projet NAVI, je fais aussi beaucoup de travail de review, donc il y a ce cĂŽtĂ© âchef dâorchestreâ oĂč jâessaie dâorganiser les choses pour que tout le monde soit alignĂ©, en train dâavancer dans la mĂȘme direction.
Donc oui, ces deux aspects me correspondent le plus. Et comme je lâai dĂ©jĂ mentionnĂ©, un axe sur lequel je veux encore progresser, câest le fait dâĂȘtre plus dans le moment prĂ©sent, et parfois un peu plus expressif Ă©motionnellement. Câest important de montrer des Ă©motions, que ce soit dans des moments positifs ou nĂ©gatifs, tant que ce nâest pas dans lâexcĂšs.
Câest aussi pour ça que je mâappuie beaucoup sur TheRock (Vasilis Voltis), qui est trĂšs clutch dans ces aspects-lĂ . Je pense que notre duo fonctionne trĂšs bien grĂące Ă cette complĂ©mentaritĂ©.â