Après un
match serré contre Team Vitality, le Blue Wall reste solide et se qualifie pour affronter GIANTX lors des playoffs du
League of Legends EMEA Championship (LEC) Versus 2026. En route pour Badalona,
Karmine Corp se prépare à un week-end intense, avec la possibilité de jouer trois BO5 consécutifs pour décrocher le trophée. Au sein d’une interview exclusive, le coach
Quentin "Zeph" Viguié s’est confié à
Sheep Esports sur les défis à venir, les difficultés récentes de l’équipe et son intégration au sein de l’organisation.
Après une semaine compliquée avec le match contre G2 puis celui contre Vitality, comment tu te sens, et comment l’équipe vit-elle cette période ?
Quentin "Zeph" Viguié: “Je pense que le match contre G2 nous a beaucoup aidé à réfléchir, notamment sur les drafts avec Reapered (Bok Han-gyu) : ce qui n’allait pas, nos mauvaises priorités, certains choix discutables. On a tendance à changer d’avis très souvent, et ce n’est pas forcément une bonne chose. Ça nous a rendus un peu confus dans nos drafts contre G2.
Aujourd’hui encore, il y avait un peu de confusion. Par exemple, en game 1, on avait parlé du first pick Ryze et du fait d’ignorer Yunara mais finalement, on a fait l’inverse. Ryze, c’est un champion qui peut faire E-Q et te 100-0 très facilement. Ce n’est pas normal, mais comme il n’est pas nerf, on doit le pick. Si on ne le fait pas, c’est notre faute.
Globalement, la défaite contre G2 nous a beaucoup aidés à mieux comprendre quoi draft et comment l’aborder. Donc au final, ça a été bénéfique. Sur les games 2 et 3 aujourd’hui, je pense qu’on avait une meilleure approche. J’étais plutôt content de nos drafts sur ces deux parties. La game 1 était correcte, mais pas adaptée spécifiquement à eux. Ce n’était pas la meilleure draft possible contre Vitality.
Tu dis que vous changez souvent d’avis en draft. D’où ça vient selon toi ? Est-ce lié au fait que plusieurs personnes ont des opinions fortes qui s’opposent ?
Zeph: Je pense que ça vient surtout du fait que tout le monde a des opinions très fortes, basées sur son expérience.
Moi, par exemple, je préfère draft d’une certaine manière. Reapered a une autre approche. kyeahoo (Kang Ye-hoo), lui, préfère certains champions et en refuse d’autres. Il peut y avoir des picks que j’adore, mais qu’un coéquipier n’aime pas du tout. Du coup, il faut comprendre comment chacun réfléchit et essayer de faire en sorte que tout le monde soit à l’aise.
Mais je pense qu’on a perdu pas mal de drafts justement en voulant trop rendre tout le monde heureux. Pour moi, une draft, c’est comme un navire : il faut une personne qui tient le mât et qui dirige. Si tout le monde tire dans une direction différente, le bateau finit par couler.
Après la game 1 aujourd’hui, j’étais très énervé. J’ai pris un ton plus ferme et j’ai dit : “On fait ça. Si on perd, c’est ma faute.” Je pense qu’on ne devrait pas perdre cette game 1, on devrait avoir une meilleure draft. Ça m’énerve qu’on choisisse le blue side sans avoir une approche plus solide derrière.
Pour régler ce problème sur le long terme, est-ce qu’il faut instaurer une hiérarchie plus claire dans l’équipe, ou est-ce que la solution se situe ailleurs ?
Zeph: Pour moi, ce n’est pas vraiment une question de hiérarchie. C’est surtout un problème de communication et de préparation. Il faut réussir à obtenir les bonnes informations de chacun en amont et être clairs sur la direction à prendre. Au final, la décision doit revenir soit à Reapered, soit à moi. Aujourd’hui, sur les drafts 2 et 3, c’est moi qui ai pris la décision, et je pense que ça a été important.
Ce que j’ai réalisé, c’est qu’en game 1, j’étais favorable au first pick Ryze. Mais on a finalement choisi Yunara, et je n’ai pas annulé le call. Je m’en suis voulu après la défaite. Quand j’ai vu le Ryze faire son combo sur ma Yunara et la tuer instantanément, je me suis dit que j’aurais dû m’imposer. À partir de là, je me suis dit que pour les games suivantes, j’allais suivre ce que je pensais être juste. Si ça ne marche pas, au moins j’en tirerai une leçon pour les prochains splits.
Le danger, en revanche, c’est que ça peut renforcer mes biais cognitifs. Comme ça a fonctionné aujourd’hui, je peux avoir tendance à penser que j’ai forcément raison, alors que ce n’est peut-être pas totalement le cas.
Zeph: Au début de l’année, j’étais un peu responsable des résultats de la draft. Mais au final, l’head coach reste l’head coach. S’il me dit qu’on fait quelque chose, mon rôle est aussi de lui faire confiance. C’est une question d’équilibre, et on avance un peu à tâtons. Ça ne fait que deux mois qu’on travaille ensemble, donc on a encore besoin d’accumuler des matchs pour mieux se comprendre et trouver notre fonctionnement.
Par exemple, avec Melzhet (Tomás Campelos Fernández), après deux ans ensemble, si un jour, il disait : “Non, je vais le faire comme ça”, je pouvais simplement lui faire confiance sans hésiter. Avec le temps, j’avais appris à mieux l’assister, notamment en suggérant des champions pour lui laisser plus d’espace pour réfléchir. Il avait besoin de silence et d’une certaine autorité pendant la draft, et je savais comment l’accompagner dans ça.
Avec Reapered, on n’a pas encore assez de recul pour savoir exactement quel est le bon fonctionnement entre nous. Pour l’instant, ça se joue parfois simplement à celui qui est le plus confiant ou qui s’exprime le plus fort au moment clé.
Depuis ton arrivée chez Karmine Corp après ton passage chez MKOI, quelles différences as-tu ressenties dans le fonctionnement et le coaching ? As-tu dû adapter ta manière de travailler ?
Zeph: Oui, clairement. Déjà, avec Xenesis (Benjamin Castet), on a un gros apport sur l’analyse. Il nous apporte énormément sur les données et le scouting. Je peux lui poser beaucoup de questions sur les équipes adverses ou sur certaines statistiques importantes, donc il y a moins besoin que je fasse ce travail moi-même.
Chez MKOI, Hansen (Bjørn-Vegar Hansen) aidait beaucoup à la préparation des matchs. On travaillait très souvent les drafts à deux. Ensuite, sur scène, avec Melzhet, il s’assurait qu’on soit dans les meilleures conditions possibles pour exécuter ce qu’on avait préparé.
Cette année, ce n’est pas exactement le même fonctionnement. Le travail de draft, je le fais surtout avec Reapered, et c’est là qu’on peut parfois avoir des visions différentes. Les discussions peuvent être longues. On a aussi un staff un peu plus réduit, donc la charge de travail est répartie différemment.
Le split est très rapide en plus. Là, on va jouer un BO5, mais on n’a fait que cinq scrims en BO5. Ce n’est pas énorme. Si on en a cinq, c’est parce que j’en ai fait pendant les BO3. Je pense qu’il y a des équipes qui n’en ont fait qu’un seul. Ça me termine. C'est juste un truc que je trouve assez marrant.
Pour le rematch contre GIANTX en BO5, est-ce que vous abordez ce match avec la même confiance que lors de votre première victoire contre eux en play-offs ?
Zeph: Oui. Je pense qu’ils ont progressé sur leurs drafts, ils font de meilleurs choix qu’avant. Mais globalement, je trouve qu’on a un pool de champions plus large qu’eux sur plusieurs rôles. Par exemple, ils sont quasiment obligés de ban Ambessa presque à chaque game. Si Canna (Kim Chang-dong) l’a, ils perdent instantanément, sur un bon angle bien sûr. C’est le genre de situation qui nous donne un avantage structurel en draft.
J’ai quand même le sentiment qu’ils ont plus de problèmes à gérer qu’une équipe comme Vitality, par exemple. Eux, ils pouvaient counterpick top avec Naak Nako (Kaan Okan). Il joue vraiment beaucoup de champions : Jayce, Yasuo, et d’autres picks plus spécifiques. Du coup, à chaque draft, tu dois adapter tes bans en fonction. Si je ban Gwen, il peut répondre avec un ban Sion, et on se retrouve à devoir blind pick quelque chose. En ce moment, à part Rumble, il n’y a pas énormément de blind picks vraiment forts au top. Donc on doit s’entraîner davantage sur ces champions pour être plus à l’aise en blue side.
Zeph: Honnêtement, sur le scouting, on a déjà beaucoup joué contre ces équipes, donc on sait à peu près à quoi s’attendre. Ce n’est pas ça, pour moi, le point le plus important. Ce qui comptera vraiment là-bas, c’est de profiter. Il faut kiffer. On sera sur scène, et ça change tout. Jouer en studio, c’est déjà intense, c’est stressant quand tu passes proche de la défaite, mais jouer devant 10 000 personnes, ce n’est pas la même chose. L’ambiance est différente, c’est beaucoup plus fort.
Il faut savoir apprécier le moment, regarder autour de soi et profiter de l’expérience. Pour moi, c’est ça le plus important. Ensuite, si on reste solides et qu’on évite de faire des drafts trop “troll”, je pense qu’il n’y aura pas de problème.
Donc pour toi, l’objectif reste clair : gagner le split, avec une confiance totale ?
Zeph: Oui, clairement. Je suis même un peu soulagé, parce que je pense que Vitality est une équipe compliquée à affronter. Ils ont des picks assez spécifiques, parfois atypiques, qu’on leur a laissés à certains moments et pas à d’autres. Ça rend les drafts un peu piégeuses contre eux.
Je trouve que les autres équipes sont plus lisibles en draft, plus simples à anticiper. On pourra peut-être échanger certains champions, et au final, ce sera simplement la meilleure équipe qui gagnera. On verra comment ça se passe.
Est-ce que tu es content de retourner en Espagne, surtout que tu vas retrouver la fanbase MKOI ?
Zeph: Oui, ça va être vraiment drôle. Honnêtement, je suis content. J’aimerais énormément jouer contre MKOI à nouveau. Vraiment, ce serait un rêve. Je pense qu’on s’amuserait beaucoup. Quoi qu’il arrive, ça sera trop drôle. Mais oui, mon souhait le plus cher, ce serait que MKOI batte G2 et qu’on se retrouve en finale.
Un mot de la fin ?
Zeph: Honnêtement, aujourd’hui, j’étais vraiment très stressé. Après la game 1, j’étais extrêmement frustré. Là, je suis surtout content qu’on ait réussi à gagner. On va pouvoir se concentrer sur la semaine prochaine quand le moment viendra. Mais ce n’était clairement pas une journée facile.”