La
"Frappe de Seattle" est venue à bout des Heretics, offrant à
Karmine Corp Blue son premier titre d
’EMEA Masters en tant qu’équipe académique. Le mercato battant son plein, la plupart des joueurs du roster (si ce n’est la totalité) font leurs adieux à leurs coéquipiers. Après leur couronnement à la Paris Games Week, les nouveaux champions doivent choisir parmi des offres en
League of Legends EMEA Championship (LEC), en
League Championship Series (LCS), et dans d’autres ligues. Dans une interview exclusive, le jungler
Johnny « Yukino » Dang échange avec
Sheep Esports et revient sur son évolution, sur son aventure chez Karmine Corp et sur l’état de l’Amérique du Nord par rapport à l’Europe.
Johnny « Yukino » Dang : « C’est fou de se dire que j’ai failli tout arrêter, surtout quand on voit mon niveau pendant ce split. Je ne sais pas quoi dire. J’ai l’impression que KC a pris un pari risqué en me sélectionnant. Mon faible palmarès était un bon niveau en solo queue et des résultats médiocres en équipe. Je n’étais jamais allé bien loin. J’ai du mal à trouver les bons mots. Je suis très reconnaissant de la chance qu’ils m’ont donnée et je suis ravi d’avoir pu progresser pour devenir le joueur que je suis aujourd’hui. Tout ça, c’est grâce au staff, à mes coéquipiers et à l’ensemble de KC. L’environnement de l’équipe est incroyable.
À quel point pensez-vous avoir changé depuis huit mois ?
Yukino : J’ai l’impression que j’étais écervelé il y a huit mois. Tout dans les mains, rien dans le crâne. Ça m’a pris du temps de tout apprendre et d’arriver à être assez confiant pour m’imposer et dire des choses comme « je veux ça, » ou « on peut fight ça. » Je ne m’attendais pas à avoir cette bête en moi sur scène, à être aussi confiant dans mon gameplay et à pouvoir shotcall comme je l’ai fait pendant la finale. J’avais peur de choke, surtout quand on pense à ce qu’il s’est passé la dernière fois. Je suis ravi d’avoir connu un résultat différent.
Vous avez mentionné être très stressé par le passé et avoir évolué depuis. Pensez-vous avoir beaucoup changé en dehors du jeu ?
Yukino : Avant de rejoindre KCB, mes habitudes étaient déplorables. J’allais me coucher n’importe quand, je me levais quand je voulais et je passais mon temps à spam les solo queues parce que j’étais accro. Maintenant, j’ai pu établir une routine plus saine. Je vais à la salle, je me lève beaucoup plus tôt et j’arrive à avoir des pensées du type : « il est une heure du matin, je devrais peut-être rentrer. » Il y a huit mois, je n’en aurais rien eu à faire et je me serais couché à six heures du matin. Ce changement de mentalité a eu un énorme effet dans mon développement. D’enfant, je suis devenu adulte. Aller à la salle et avoir une bonne routine ont probablement été les deux éléments les plus importants dans mon évolution.
À quel point le staff et l’environnement de KC vous ont affecté ? Si l’on compare avec votre passage en NACL, une ligue moins professionnelle, pensez-vous qu’être entouré de personnes qui vous ont aidé à évoluer a joué un rôle important ?
Yukino : La seule équipe dans laquelle j’ai dû jouer sur place était 100 Thieves. Je n’y ai disputé qu’un split, mais je pense que j’étais très immature à ce moment-là, et je n’étais pas vraiment remis à ma place. Au sein du staff, personne ne m’aidait à me développer pour exploiter au maximum mon potentiel, et ma routine était affreuse.
J’ai l’impression que chez KC (et en Europe de manière générale), tout le monde est plus professionnel. Si je fais quelque chose de mal, on me le dira. Si je prends une douche à deux heures du matin, je vais me faire taper sur les doigts le lendemain. Ils tiennent vraiment à ce que l’on soit professionnels et c’est quelque chose dont j’avais besoin. Dans la vraie vie, je ne suis pas quelqu’un de très sociable, je me contente de jouer à LoL. C’était ce qui me manquait. C’était le dernier élément que je devais acquérir pour exploiter mon plein potentiel.
En fonction de l’évolution du mercato, vous sentiriez-vous en paix à l’idée de tourner la page et de clore ce chapitre de votre carrière après cette victoire ?
Yukino : En paix ? [Pause] Je suis content de notre victoire. Je suis triste que ce soit la fin de notre roster. Ils m’ont énormément apporté. C’est peut-être pour ça que je suis triste de ne plus jouer avec eux, j’ai l’impression que je peux encore beaucoup m’améliorer. Ils pourraient encore m’apprendre un tas de choses, mais je suis satisfait de ce qu’ils m’ont enseigné. C’est la première fois que mes coéquipiers vont autant me manquer et que je veux autant continuer à jouer avec eux. Si certains vont en LEC, je suis content pour eux, ils méritent vraiment cette opportunité. Ils se sont tous dépassés aujourd’hui.
Au vu de votre progression, vous sentiriez-vous prêt à jouer dans une ligue majeure aujourd’hui ?
Yukino : Pour moi, il n’y a rien de plus stressant que de porter les couleurs de KC. Si on joue mal, les fans vont nous le faire savoir. Ça m’est déjà arrivé, et c’était une toute nouvelle expérience pour moi. Je savais que je devais m’améliorer car si je continuais à jouer aussi mal, ma carrière était terminée. En même temps, c’est également très gratifiant : si je joue bien, tout le monde va me le faire savoir. Je ne réfléchis jamais trop à mon propre niveau de jeu, j’ai besoin de savoir ce que les autres pensent de moi.
Même pour ma troisième apparition en EMEA Masters, certains pensaient que j’étais nul. J’ai vu passer une liste du genre « Faites votre propre roster avec 15 €, » et je valais 1 €. Comment ça je vaux 1 € après ce que j’ai infligé à Gallions pendant la finale ? Je devais leur donner tort. En LFL, peut-être que les gens trouvaient que j’avais un bon niveau mais pour les autre ERL, j’étais surclassé par Closer (Can Çelik), par 113 (Doğukan Balcı) ou par Velja (Veljko Čamdžić). Je les ai tous battus. J’espère avoir prouvé que je suis lui. Je suis vraiment lui.
Yukino : Je préfèrerais rester en Europe plutôt que de rentrer en Amérique du Nord. Si j’étais amené à jouer de nouveau en NA, ce qui n’est pas sûr, je pourrais beaucoup leur apporter. Je pourrais amener beaucoup de choses à mon équipe au niveau de la mentalité.
À l’heure actuelle, j’ai un bon rythme de vie, mais les choses se corsent quand on ne joue pas en LCS : la plupart des équipes sont à 100 % en distanciel. C’est difficile de savoir si les autres joueurs ont une bonne routine. La plupart du temps, ce n’est pas le cas. En plus, la solo queue est abominable en NA. À l’heure actuelle, ce n’est pas beaucoup mieux en Europe car tous les joueurs sont en vacances pendant l’intersaison, mais je préfère largement la solo queue européenne. À part ça… G2 est sorti des Swiss et a collé une raclée à FLY, n’est-ce pas ?
Sheep Esports : À l’heure actuelle, EU > NA, c’est factuel.
Yukino : J’imagine. FLY s’est fait éteindre, mais je dirais que les meilleures équipes de LCS et de LEC ont un niveau comparable. Pour les autres, je pense que l’Europe est bien meilleure. Si vous évoluez en NACL et que vous pensez avoir ce qu’il faut pour réussir, je vous conseille de tenter votre chance en Europe.
Beaucoup de personnes font des bootcamps en Corée parce que c’est « la meilleure région, » mais faire un bootcamp en Europe n’est pas bien différent. Beaucoup plus d’opportunités s’offrent à vous. Les scouts observent vos solo queues et se disent, « Punaise, ce mec a du potentiel, on devrait le contacter. » Quand j’ai fait mon bootcamp en Europe, je ne m’attendais pas à recevoir d’offres, je voulais juste voir si c’était une région dans laquelle je pourrais jouer et voir comment les choses allaient évoluer. J’observais la solo queue européenne depuis l’Amérique et je n’avais pas l’impression qu’il y avait beaucoup de différences.
Cependant, il y a beaucoup plus de ligues en Europe et le jeu est pris plus au sérieux. LoL a beaucoup plus d’importance qu’en NA, où il se meurt un peu. En termes de spectateurs, je peux atteindre le rank 1 en NA avec quelque chose comme 10 spectateurs. En Europe, par contre, si personne ne me connaît et que j’atteins la première place du classement, j’aurais 500 spectateurs instantanément. Tout le monde voudra savoir qui je suis. Il n’y a pas ça en NA. Du coup, si vous avez ce qu’il faut, je vous conseille d’aller en Europe. Dans mon cas, ça a plutôt bien marché.
Avez-vous un dernier mot pour les fans KC ?
Yukino : Merci pour votre soutien. Si je suis encore là l’année prochaine, nous ferons encore mieux. »
Credit Photo d'En-Tête: Webedia / Elliot Le Corre