KCB Maynter : « Karmine Corp et ses fans ont changé ma vie […] Je peux vous dire au revoir et partir la tête haute »
Karmine Corp a vaincu ses démons et remporté l’EMEA Masters Summer Edition. Une interview exclusive avec leur toplaner.
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Volodymyr « Maynter » Sorokin, toplaner de Karmine Corp Blue aux EMEA Masters
« Je ne me suis jamais senti aussi confiant, aussi prêt et aussi intelligent. Je pense être à mon prime. C’est l’occasion ou jamais de rejoindre le LEC. »
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Après deux années passées au sein de Karmine Corp Blue, Volodymyr “Maynter” Sorokin, la gloire de l’Ukraine, a finalement atteint son objectif de longue date : remporter son premier trophée d’EMEA Masters pour la structure française. Au crépuscule de son aventure auprès du Blue Wall, le toplaner échange avec Sheep Esports pour revenir une dernière fois sur son évolution, son amour pour le Blue Wall, et son futur, notamment une potentielle promotion en League of Legends EMEA Championship (LEC).
Après deux années chez Karmine Corp, vous avez enfin accompli votre objectif de longue date, à savoir remporter les EMEA Masters. Comment vous sentez-vous après avoir enfin atteint votre but ?
Volodymyr « Maynter » Sorokin : « Comblé évidemment. Je suis ravi de partir sur une victoire après deux ans de travail. Pendant ma première année, je n’étais qu’un rookie et j’avais un peu de mal à saisir tout ce qui se passait. C’était un peu comme à l’école, où l’on a l’impression de comprendre, mais en même temps quelque chose nous échappe, vous voyez ? Cette année, je savais ce que je voulais, je savais quoi faire, mais à chaque tentative, quelque chose se passait : nous n’étions pas au complet, nous avons mal joué ou nous nous sommes écroulés.
Aujourd’hui, je savais que c’était ma dernière opportunité. En cas de défaite, je n’aurai pas eu de nouvelle chance, du moins avec KC. J’ai donc fait de mon mieux, et je suis ravi d’avoir pu gagner et offrir quelque chose au club. Mon nom ne rimera pas avec ce gars qui n’a connu que des échecs pendant deux ans, je serai celui qui a amené un trophée à la structure. Au vu de tout ce que KC m’a apporté, je suis ravi de pouvoir leur donner cette deuxième place en LEC en retour.
Êtes-vous fier de clore ce chapitre chez KC sur une telle note ? Êtes-vous soulagé, comme vous l’avez évoqué plus tôt ?
Maynter : Nous étions contents dès notre victoire en LFL il y a deux mois. À ce moment-là, nous savions que nous terminerions la saison avec au moins un titre en Summer Playoffs. Bien sûr, notre objectif était de remporter les EMEA Masters, mais nous savions qu’en cas de défaite, nous aurions au moins eu du positif à apporter pour terminer notre année. Avec notre victoire aujourd’hui, j’ai vraiment l’impression d’avoir fait de mon mieux. Peut-être que nous nous reverrons à l’avenir, peut-être même en LEC. Je peux vous dire au revoir la tête haute.
À quel point pensez-vous avoir changé depuis que votre victoire en Division 2 avec Team du Sud en 2023, puis votre arrivée chez Karmine Corp ?
Maynter : J’ai énormément changé. C’est le cas pour tout le monde dans l’équipe, mais ça s’est fait plus naturellement pour moi. Mon ancien roster avec Caliste (Caliste Henry-Hennebert), Lyncas (Linas Nauncikas), 113 (Doğukan Balcı) avait disparu. Tous ces joueurs avaient bien plus d’expérience que moi, peut-être dix fois plus. Je me suis retrouvé tout seul dans une équipe où je ne connaissais personne. J’ai dû me dépasser et endosser un rôle de vétéran, capable de trouver les bons mots, d’être capable de dire des choses comme « c’est pas grave, nous avons fait des erreurs mais nous allons en tirer des enseignements ». J’avais besoin de confiance et d’être une sorte de capitaine. Je dirais que je ne suis peut-être pas gêné mais un peu égoïste de me considérer comme un capitaine. J’espère tout de même que j’ai pu l’être pour mon équipe, au moins par moments.
En plus, la situation était difficile avec tout ce qui se passe en Ukraine. Beaucoup de personnes, en particulier les pros, disaient que c’était difficile pour moi, que le fait d’être en Ukraine m’empêchait de bouger, de voyager et de jouer normalement. Parfois, je n’avais même pas d’électricité et je devais courir à un cyber-café pour pouvoir scrim. J’ai dû faire face à beaucoup de situations comme celle-ci. La vie n’est pas joyeuse pour les gens là-bas. J’étais cet Ukrainien qui avait la chance de porter les couleurs de KC, de pouvoir jouer sur scène et de participer au KCX. En Ukraine, j’étais l’homme le plus chanceux du monde. En esport, j’étais l’homme le plus malchanceux. Pour moi, j’étais les deux. C’est parfois difficile pour les gens de le comprendre.
Les gens en Ukraine n’ont pas une vie aussi heureuse que celle que j’ai ici, et je suis très reconnaissant de la chance que j’ai. Une grosse pensée pour mon pays. J’espère que l’on va continuer à nous soutenir et à nous aider. Même de simples mots suffisent à nous montrer que nous ne sommes pas tout seuls dans ce monde. Beaucoup de personnes m’envoient leur soutien en DM. Je vous remercie pour cela. Et n’oubliez pas : peut-être que le bien finira par l’emporter [sic].
Beaucoup s’attendent à vous voir en LEC l’année prochaine. Pensez-vous être prêt dans le cas où une telle opportunité se présenterait à vous ?
Maynter : Je me sens prêt pour le LEC. Je ne me suis jamais senti aussi confiant, aussi prêt et aussi intelligent. Je pense être à mon prime. C’est l’occasion ou jamais de rejoindre le LEC.
Comment vous sentez-vous à l’idée d’affronter Kim « Canna » Chang-dong en LEC ?
Maynter : Canna est un dieu pour KC n’est-ce pas ? Pour moi, c’est juste un toplaner. Il y a beaucoup de très bons toplaners en LEC : Naak Nako (Kaan Okan), Broken Blade (Sergen Çelik), Canna évidemment et Lot (Eren Yıldız). En somme, pas mal de gros noms. Je veux tous les affronter, pas seulement Canna, et voir comment ils jouent. Je suis aussi curieux de voir comment les gens vont réagir quand je vais être face à Canna. Ils se doivent de l’encourager, mais quelque part, j’ai aussi été des leurs. Donc ouais, j’espère qu’ils ne me détesteront pas. Ce sera amusant de me mesurer à lui. En plus, il est très fort, donc pourquoi pas ?
Beaucoup de personnes sont sceptiques vis-à-vis des chances de Los Ratones en LEC, en particulier après leur défaite 3-0 face à vous en demi-finale. Comment pensez-vous qu’ils vont s’en tirer ?
Maynter : Théoriquement, ils ne sont pas si forts que ça, n’est-ce pas ? Cependant, j’ai un profond respect pour eux. Je me rappelle les détester pendant une longue période, en particulier quand ils ont gagné deux EMEA Masters alors que nous avons échoué. Malgré ces résultats, je savais que nous étions meilleurs. Je savais que si nous étions amenés à les affronter une nouvelle fois, je passerais 20 heures par jour à analyser leurs matchs, à trouver des choses qui pourraient nous servir, et nous l’emporterions. Dieu merci, ça a été le cas. Je savais qu’ils n’étaient pas invincibles, mais tout le monde les prenait pour des sortes de dieux. Maintenant, après les avoir affrontés, je n’éprouve plus aucun ressentiment, juste du respect.
Ils ont beaucoup évolué, en particulier Baus (Simon Hofverberg). Il est passé d’un genre de meme à quelqu’un qui comprend vraiment bien le jeu, qui sait quoi faire et comment se déplacer sur la carte. Honnêtement, ils sont tous très bons. Ils streament leurs scrims et parviennent quand même à gagner. Donc ouais, j’ai beaucoup de respect pour eux. J’espère évidemment qu’ils ne vont pas finir à la dernière place, mais je ne peux rien assurer, c’est le LEC. C’est tout aussi possible de tout gagner que de s’écrouler et finir bon dernier. C’est une ligue imprévisible.
Maintenant que vous avez atteint votre objectif, la victoire en EMEA Masters, quel est le prochain ?
Maynter : L’idée de gagner les EMEA Masters m’animait tous les jours, dès l’instant où j’ouvrais les yeux. Quand je ne mangeais pas trop de sucre, quand je surveillais mon régime alimentaire, quand je faisais attention à avoir un bon rythme de sommeil, quand je m’empêchais de jouer à d’autres jeux, je savais dans quel but c’était : gagner les EMEA Masters. Maintenant que c’est chose faite, j’ai besoin d’un nouvel objectif. Ce sera d’abord rejoindre le LEC, puis d’y montrer un bon niveau de jeu, et enfin de remporter la ligue. Je fais les choses par étapes.
Avez-vous un dernier message à transmettre au Blue Wall et à Karmine Corp ?
Maynter : C’est probablement ma dernière interview sous vos couleurs. Je suis ravi d’avoir pu faire ce chemin avec vous. Vous avez changé ma vie, vous avez changé mon état d’esprit. Vous avez été incroyables aujourd’hui et nous avons pu l’emporter 3-0. Ce n’est pas seulement le travail des joueurs et des coachs, c’est aussi le vôtre. Merci à vous. Je ne sais même pas comment l’exprimer. Chacun des joueurs de l’équipe, moi le premier, est reconnaissant d’être ici, de chaque seconde passée au sein de ce club et de chaque instant dans ce bootcamp. Je ne peux pas m’imaginer plus heureux que je ne le suis. Merci à tous du fond du cœur. Continuez ce que vous faites, vous êtes les meilleurs. »
Armand Luque is an interviewer and journalist with deep roots in the EMEA League of Legends scene. A veteran of the esports world, they hail from France and are best known for their work on Leaguepedi...