29.08.24 - 16:0029.08.2024 - 16:00·9m9 Minuten Lesezeit·
Von Diane
Les déceptions en ERLs #4: Solary
Cette année, dans le circuit très fourni des ligues régionales européennes, le succès ayant couronné certains a échappé à d'autres, qui se sont retrouvés à performer bien en dessous des attentes
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Malgré des tweetlongers de l'équipe qui semblaient annoncer des changements pour la saison 2024, celle-ci n'a que trop ressemblé aux précédentes
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Cette année, dans le circuit très fourni des ligues régionales européennes, le succès ayant couronné certains a échappé à d'autres, qui se sont retrouvés à performer bien en dessous des attentes. Pour notre quatrième épisode, nous allons nous consacrer à l'année de 2024 de la structure vétérane de la LFL Solary, qui y est depuis la création de la ligue. Malgré cette longévité, la "team d'amis" reste pour le moment bredouille de podiums et même de qualification aux EMEA Masters.
"On joue le titre"
Depuis 2019 et la première saison de Solary en LFL, on peut fréquemment entendre une phrase quand on parle de Solary : "On joue le titre". Ce qui était à l'origine un blague pour dédramatiser les premiers splits catastrophiques de Solary (double 2-12 en 2019) où SLY jouait avec ses streamers comme César "Wakz" Hugues, a en fait dépassé son statut initial de blague pour désormais faire partie prenante de l'identité de Solary.
En effet, l'expression est restée et est désormais régulièrement utilisée par les fans, mais aussi les haters, par les casters mais aussi et surtout, par les membres de Solary eux-mêmes. Le titre de la série de VLOGs consacrés à l'équipe LFL "Vers le titre" en est la preuve. De l'extérieur, une telle phrase peut ressortir comme arrogante pour une structure dont le dernier titre remonte à la Dreamhack Tours 2019, un événement très loin de l'acabit de la LFL.
"On joue le titre" une phrase que les fans Solary ont appris à aimer et à détester (Photo @Erised)
Et ce qui était de fait un running gag efficace pour réduire la gravité d'un échec en LFL, qui était de toute manière acté d'avance, "On joue le titre" s'est transformé en un mantra pour Solary, une cible placée au début de chaque split de LFL et qui serait chassée sans relâche. Les échecs successifs à cette poursuite ont également fait prendre un sens amer à la phrase, qui est devenue une source d'humiliation : un rappel des débuts douloureux en LFL, mais aussi un tacle sur le fait que depuis tout ce temps, rien n'a changé.
Et pourtant, des choses ont changé, depuis 2021, Solary a cessé de placer des streamers dans son roster, et malgré un budget plus bas que quasiment toute la ligue, Solary a pu atteindre une belle 4ème place à l'été 2021, un résultat sur le papier très bon vu les différences structurelles entre les équipes, mais quand "on joue le titre", la 4ème ou la 9ème place, c'est pareil. De plus, depuis 2023, Solary a su attirer des équipes bien plus puissantes sur le papier avec plusieurs gros noms des ERLs, signant un changement de dimension de la structure au sein de ses concurrentes en LFL.
Un rebuild complet pour voir toujours plus grand
Pour la première fois depuis 2021, Solary n'a pas gardé de joueur d'une saison à l'autre. Le vétéran Pierre "Steeelback" Medjaldi, présent depuis 2021 chez Solary, a en effet pris ses bagages en direction de GameWard aux côtés du midlaner Pengcheng "Peng" Shen. Le top-jungle part également ensemble de son côté vers Zero Tenacity et enfin, l'AD Carry Belan "TakeSet" Ahour a rejoint la TCL.
Avec ces cinq départs, bien des interrogations ont demeuré autour de la saison 2024 de Solary et des ambitions de la structure. Mais rapidement, ces interrogations ont été effacées : le changement de politique de recrutement acté en 2023 était parti pour rester, conséquemment, de nouveaux gros noms ont rejoins Solary. Le 22 octobre, Nicolas "Decay" Gawron est révélé comme le premier joueur du roster par Sheep Esports. Le fait de sécuriser dans l'équipe un joueur expérimenté des ligues européennes, sur trois très bonnes années consécutives sur le plan individuel était un signe très positif en amont de la saison 2024.
De plus, l'ancien midlaner de Schalke 04 a montré qu'il avait tout du capitaine sur le serveur. Nihat "Innaxe" Aliev, Felix "Kryze" Hellström - vainqueur de la LFL au Spring 2023 -, Edgaras "Eckas" Strazdauskas puis enfin Mohamed "Myrtus" Rahli le rejoignent, aux côtés du coach Ismaël "Cook" Lakel. Les deux derniers noms étaient moins connus du grand public, n'ayant aucune expérience d'ERL1. Par ailleurs, Myrtus sortait d'une année certes prometteuses mais loin d'être une garantie de performance ou de régularité en LFL.
Sur le papier, le roster de Solary figurait parmi les bonnes voire très bonnes équipes de LFL au segment de printemps, quand bien même la LFL restait aussi stacked que d'habitude. L'objectif des play-offs était alors une évidence et n'avait rien d'irréaliste. Avec l'attente des fans et de la structure elle-même, les play-offs, c'était même le minimum, d'autant plus que Solary ne les avait pas manqués en 2023.
Un printemps crève-coeur
Le 12 janvier, le tweet d'annonce de Solary ne pouvait pas être plus clair "Solary jouait, joue et jouera toujours le titre". Le bilan a posteriori est cependant on-ne-peut plus cinglant : après une saison régulière en 8-10 et un niveau de jeu très moyen, Solary ne s'est pas qualifié pour les play-offs et a terminé à la 7ème place.
Le départ n'était pourtant pas si mauvais pour Solary, après trois défaites, Solary a engrangé trois victoires de rang, incluant des matches contre BDSA et Karmine Corp Blue. Ces victoires n'étaient d'ailleurs pas des wins risibles, mais au contraire un mélange de performances individuelles satisfaisantes et un début de cohésion d'équipe encourageant. La saison de Solary semblait lancée sur de bons rails, mais malgré tout, des éléments d'inconstances ont demeuré et ont été confirmés dans les deux défaites qui ont suivi. La conclusion était alors assez simple : si Decay n'est pas capable de dominer son adversaire et d'avoir un impact fort sur la map, personne d'autre à Solary ne pourrait prendre le relai.
À la fin de la cinquième semaine, Solary était en 4-6, deux victoires sous le top 5 mais virtuellement dans le top 6 à égalité. Les dix premiers BO1 ont montré que Solary pouvait compter sur ses sololaners Decay et Kryze, qui ont montré leur capacité à prendre les devants et à carry des games presque seuls, mais le teamplay restait encore au stade de chantier dont les plans n'étaient même pas finalisés.
La botlane de Solary était en effet très séparée du reste de l'équipe, si Innaxe et Myrtus ne gagnaient pas la laning phase, on ne les verrait pas beaucoup de la game si ce n'est quelques highlights en teamfight d'Innaxe. Myrtus, rookie de l'équipe, était placé dans des situations difficilement tenables et n'a pas su construire de synergie avec quiconque. Il était telle la cinquième roue du carrosse dans un roster pourtant composé de cinq joueurs. C'était comme si Solary s'attendait à ce qu'un très jeune rookie bon en LFL2 se retrouve à être parfaitement prêt pour l'échelon supérieur, son arrivée conjointe avec son coach Cook était une bonne augure d'intégration, mais de l'extérieur, c'est comme si le chantier Solary n'avait pas d'architecte.
Solary avait également de nombreux problèmes en late game, constatés d'abord dans le match retour contre M8 et qui se sont cristallisés dans le rematch contre BDSA, où Solary est parvenu à perdre en very late game avec Kassadin et Smolder pré-nerf. L'écart de macro entre les deux équipes était clair, BDSA contrôlait les sidelanes et toute la rivière, dominant Solary et trouvant une victoire qui leur était impossible à la draft. Ces soucis de fin de partie pouvaient s'interpréter comme l'absence d'un decision making affirmé, qui empoisonnera SLY toute l'année. Des vents contraires agissaient chez Solary, et seul Decay pouvait parfois réussir à leur trouver un sens commun.
Decay s'est rapidement affirmé comme le leader in-game de SLY, mais cela n'a pas suffit à garantir un jeu collectif unifié
À l'aube de la dernière semaine, Solary était en 8-8, sixième avec une victoire d'avance sur la septième place. Alors que les enjeux atteignaient des sommets et que la pression était maximale, Solary a échoué. Une première défaite de late game contre BK ROG où la solitude de Myrtus dans l'équipe était plus frappante que jamais, puis un stomp par Vitality Bee qui a vu Solary s'écrouler et proposer un jeu apathique. La pression était palpable dans le jeu Solary, qui n'était pas forcément défini par son apathie en early et midgame. Solary a connu un destin croisé avec M8, qui étaient leurs poursuivants et qui contrairement à SLY n'ont pas choke à la fin contre GO.
On prend presque les mêmes, et on recommence
Prenez le Spring split. Contrôle C -> Contrôle V, et paf ça fait des Chocapics et le Summer de Solary. 8-10, une septième place perdue au tiebreak à cause d'un head-to-head perdant, et des problèmes in-game qui n'ont pas beaucoup bougé. Néanmoins, il y a eu des changements durant l'été, Solary s'est en effet inspiré de la méthode KC : retourner avec ses exs, pour faire revenir TakeSet en AD Carry. Le coaching staff a également été remanié puisque Solary est allé chercher Aymerick "Hairost" Sergeant, ancien coach LDLC et Izidream.
Le départ de Solary était malgré tout meilleur qu'au printemps, avec une première semaine en 2-0. Solary n'a en fait pas quitté le top 6 qualificatif des playoffs jusqu'à la dernière semaine, mais n'a malheureusement jamais trop pu pleinement lancer son Summer Split, faisant régulièrement des semaines en 1-1, ce qui n'est en soit pas mauvais, mais interdit tout matelas de sécurité et ne permet pas de lancer un momentum.
Les problématiques in-game ont autant changé que les résultats, la dépendance envers Decay est restée très élevée et les errances de Myrtus (ainsi que son isolation au sein de l'équipe) ont continué de fréquemment ponctuer les games de Solary. La première défaite contre Team Du Sud, encore une fois au late game, a également ravivé les manques de decision making et de confiance de l'équipe, dans une game où Solary avait tout en main et n'a perdu qu'un seul teamfight. Le retour de Takeset, bien que partiellement efficace, n'a pas suffi pour corriger tous les problèmes liés à la botlane, sa capacité de shotcall n'a également pas permis de significativement améliorer la cohésion.
Une fois de plus, aux portes de la qualification, Solary était maître de son destin. L'équipe a en effet eu trois matches d'affilée où une victoire aurait signifié la qualification aux play-offs - et donc aux EMEA Masters. Et malgré une belle victoire/revanche contre M8 avant ces matches, SLY a perdu trois matches consécutifs en affichant un visage presque dévoré par la peur.
Contre GameWard notamment, Matias "Matias" Manchin-Opheltes a pu paisiblement 1v9 la game grâce à des énormes erreurs de SLY qu'on ne voyait plus forcément sur la fin de split. La dernière semaine de l'année a été la même qu'au printemps : une défaite sur un match tendu qui s'est joué au late game (contre KCB cette fois-ci) puis un effondrement complet et un stomp contre Team GO. Cette dernière game était particulièrement troublante, Solary était comme terrorisé de faire la moindre action positive, chaque clic droit était un pas dans l'inconnu, résultant en une apathie - comme contre VITB - peu vue lors du reste de la saison. Les prédispositions mentales de l'équipe avant le match étaient au minimum mauvaises pour chercher une victoire, la confiance manquait.
Les fans Solary n'ont pu qu'observer une défaite contre GW lors des Solary days, leur soutien n'a pas suffit à leur équipe pour se qualifier
Un sentiment de déjà-vu
L'élimination au Summer Split a été renforcée dans sa cruauté par ses auteurs : GameWard, la nouvelle maison de Peng - qui a enfin livré une saison référence en LFL - et Steeelback qui s'est trouvé une seconde jeunesse. Le cas de Peng fut éclairant. Le contraste de son aisance chez GW et son échec chez Solary, ramené à l'année de Myrtus et précédemment Simon "Kio" Králik rendent évident une faillite courante de Solary : l'incapacité à développer des joueurs et à en tirer le maximum, même pour les plus expérimentés. Comme on l'a vu, les mauvaise habitudes de gameplay sont également liées au mental avec la peur au ventre qui a accompagné presque chaque match à haut enjeu de Solary depuis plusieurs années. Globalement, SLY ne s'est jamais affirmé comme une équipe de clutch et a au contraire plutôt fait ressortir l'inverse.
Le changement de staff au milieu de la saison est aussi un indicateur trop parlant d'une management hésitant. Recruter un coach pour ne le garder que 6 mois est en tant que tel un échec pour une équipe qui autrefois avait une réputation de stabilité. Le choix de Cook interrogeait déjà, son année 2023 ayant vu un Spring Split où son roster a implosé, puis un Summer bien plus réussi, un coach sans expérience préalable en ERL1 et dont l'année était partiellement manquée semble être un profil sous les attentes d'une équipe comme Solary. Également, il n'a pas été caché que SLY a cherché à remplacer Myrtus durant le mercato, mais pour plusieurs raisons - pas de profil facilement disponibles et volonté de ne pas avoir un joueur inactif -, ce dernier est resté à l'été.
De l'extérieur, ces problématiques aux côté d'une gameplay qui transpire le manque de confiance et la peur peuvent vouloir dire deux choses : il y a un manque crucial d'éthique de travail dans le roster ; ou le management est erratique. Vu les dernières années et la répétition de telles erreurs, années qui par ailleurs ont vu le management ne pratiquement jamais changer chez Solary, une combinaison des deux facteurs semble être le plus probable.
Header Photo Credit: LFL/Laura Gilli
