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'EVO, plus grand rassemblement de jeux de combat au monde, a organisé pour la première fois un événement en Europe, à Nice. Avec 5 000 participants et 93 nationalités représentées, le tournoi a rassemblé des joueurs du monde entier pour trois jours de compétition intense sur sept jeux principaux, au Palais des Expositions.
Sheep Esports a échangé avec
Joël Digbeu, patron de
BMS, sur la préparation de l’évènement, l’actualité économique du club et sa relation spéciale avec l’écosystème
League of Legends.On vous a vu célébrer sur les réseaux votre deuxième titre à l’EVO 2025, avec la victoire de Jo’siah "Hikari" Miller sur Dragon Ball FighterZ. Pour cette édition, BMS a présenté de nouvelles têtes. Comment s’est préparé ce recrutement ?
Joël Digbeu: “À la genèse du projet, avec l’annonce de l’EVO Nice en 2024,
on a pour objectif d’aligner WAWA (
Marwan Berthe) — qui est en plus originaire de là-bas. Sauf qu’on sait qu’il commence à se faire approcher par de grosses équipes. On ne peut pas suivre financièrement et on finit par le perdre, tout comme Raflow (
Arda Imrek) d’ailleurs. À ce moment-là, on met le tournoi de côté, j'envisage même de ne pas lancer l'événement, par crainte de ne pas pouvoir suivre économiquement. Les fans avaient des attentes, on était la seule équipe française à avoir gagné depuis 2022, mais on ne pouvait pas aligner une line-up qui ne vise pas la performance.
Qui a construit votre effectif pour cet évènement après la perte de vos joueurs historiques ?
Joël Digbeu: Dans notre équipe, on a un certain EndY, qui a scouté et fait la proposition aux joueurs. Grâce à ça, on a pu signer Verix (
Ismaila Gueye) et Hikari. On a trouvé un accord pendant l’été, mais on a attendu le dernier moment pour les annoncer, pour pas qu’on nous les pique. Pour Neia, c’est différent. On m’a parlé d’elle, donc on est passé à une Weekly à l’Espot à Paris pour voir de nos yeux ce qui se passe. On la voit tabasser des tops joueurs et quand elle perd, c’est serré. Donc
on contacte Kayane (
Marie-Laure Norindr) pour qu’elle nous mette en relation avec sa famille puisqu’elle est mineure. On lui finance son premier major à l’UFA mais sans le tag BMS, pour observer son développement et elle termine 13e. À partir de là, on sait qu’on la garde.
À l’EVO, il y a de gros noms de l’esport (T1, Liquid, NIP…). C’est une fierté pour vous de gagner face à des clubs comme ça ?
Joël Digbeu: Oui, très fier et je vais être honnête, j’ai peur qu’un jour on perde ce truc-là. On est un peu Astérix contre les Romains [Rires] mais je me dis que cette position d’outsider me plaît car on a moins de pression. Et la vraie équipe du peuple, c'est nous, on a eu quelques clashs avec d’autres clubs sur ces sujets, mais nous, on dort avec des souris aux locaux.
Vous portez une attention particulière au merchandising. Est-ce que le tournoi porte vos ventes de maillots ?
Joël Digbeu: Totalement, plus on avançait pendant le tournoi, plus je recevais de notifications de vente sur mon téléphone. Demain, on ne vend plus de maillots, c’est la fin, on est très très dépendant de notre merchandising. On n'a pas encore d’actifs sur lesquels on peut s’appuyer pour générer de l’argent hormis notre fanbase.
Combien de maillots BMS, vous vendez chaque année ?
Joël Digbeu: Plus de 1 000 par an et pour nous, c'est énorme. En ce moment, on a un vrai boost, quasiment 600 en une semaine. Mais moi, je suis un fan de maillot depuis petit, la passion du textile, du maillot, de la fabrication depuis toujours… je suis vraiment un passionné de vêtements.
Pour 2026, vous avez annoncé vouloir un joueur pour chaque jeu de l’EVO. Est-ce que ce plan est en marche ?
Joël Digbeu: Pas encore. On aimerait, mais on ne peut pas se projeter si loin pour des raisons financières. Le premier EVO qu’on a gagné à Las Vegas, on l’a mal marketé. Ce que je regrette aujourd’hui, c’est cette mentalité un peu anti-vice à refuser les invitations et trop vouloir rester à l’écart du business par méfiance. Cette année j’ai fait six ou sept interviews depuis la victoire, j’ai vraiment compris qu’on devait s’ouvrir aux autres quand on gagne pour raconter notre histoire aux gens.
En ce moment se déroulent les Worlds de League of Legends, un jeu dont vous parlez souvent. Mais où est BMS sur League ?
Joël Digbeu: J’ai un livre de cinq chapitres sur ce jeu… L’écosystème est friable du LEC aux petites ligues. On a fait un dossier de candidatures à l’époque pour la Division 2, d’ailleurs Trayton (
Jean Medzadourian) nous avait aidés à le constituer, mais nous
n’avons pas été retenus en faveur de Joblife. Ensuite, j’ai vraiment retourné la question et ce que j’entendais des autres CEO sur les dépenses qu’ils engagent, ça me paraissait fou pour leur classement dans la ligue. Mettre 200 000 € par an dans une ligue pour jouer un maintien alors qu’avec cette somme je peux casser le contrat d’Arslan Ash
(Joueur Tekken pour TwistedMinds, sept fois champion de l’EVO), gagner des tournois et faire des millions de vues sur YouTube, le choix est vite fait.
Avez-vous eu des propositions concrètes pour rentrer sur League of Legends ?
Joël Digbeu: On a été approché par plusieurs clubs de Division 2 comme
IziDream ou Mirage pour faire une joint-venture, mais nos visions de ce que devait être un club étaient trop différentes. Et surtout financièrement ça ne tenait pas à plein de niveaux. Pour moi
League of Legends en France, c'est une chasse gardée de la Karmine Corp, 80 % de l’audience est déjà pour eux, ce qu’il reste n’est pas suffisant pour générer suffisamment de sponsoring.
En stream, vous annonciez être dans le purgatoire de l’esport. Qu’en est-il de BMS ?
Joël Digbeu: Quand je parle de purgatoire, c’est aussi valable pour nous. Aujourd’hui on a un bon scouting et des sponsors, mais si demain on ne parvient pas à générer beaucoup d’argent et que des équipes font le même travail de scouting que nous autour des jeunes, on ne s'en sortira pas. On était en discussions avec Blaz (Derek) mais à quelques jours près, il a signé ailleurs pour des raisons d’argent. Ça risque de nous arriver de plus en plus. On en a conscience, on n'est pas à l'abri de mettre la clé sous la porte.
Où se joue l’avenir financier de BMS ? Quels sont les plans à moyen terme ?
Joël Digbeu: Les plans à moyen terme, c'est développer le lifestyle, la création de contenus, toute proportion gardée, être un peu une sorte de 100 Thieves ou FaZe Clan dans l’orientation de la marque. Parce que l'esport seul ne suffira pas. En ce moment, il y a un truc assez drôle sur X, ce sont les gens qui disent “BMS est connu pour tout sauf l'esport”. Comme ça, c'est une blague, mais les gens voient notre nom et apprennent à nous connaître au-delà de l’esport.”